Une victoire totale pour le féminisme mais pas entière pour le cinéma

Avis sur Battle of the Sexes

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Onze ans après l'excellent Little Miss Sunshine, véritable surprise des Oscars 2007, et cinq ans après le discret Elle s'appelle Ruby, le duo de réalisateurs Jonathan Dayton et Valérie Faris revient aux affaires avec beaucoup d'ambition, celle de sortir de sous terre une histoire plutôt méconnue du paysage tennistique: la création de l'ancêtre de ce qui deviendra la WTA en 1973 et la bataille des sexes qu'elle connut à ses débuts lorsque Bobby Riggs, ancien numéro un mondial dans les années 1940, décida d'affronter successivement Margaret Court et Billie Jean King, la première qu'il battit et la seconde face à laquelle il perdit, une victoire féminine (et féministe !) qui ancra la WTA pour le futur.

Passée cette histoire intéressante, bien servie par un très bon scénario de Simon Beaufoy (Slumdog Millionnaire, 127 heures), il convient de dire que Battle of the Sexes pose problème: à proprement parler, il n'y a rien de décevant dans ce film mais il n'y a pas vraiment quelque chose de transcendant qui permet au film de s'élever. Les fulgurances sont intermittentes, la sagesse domine. La reconstitution des années 1970, bien que pimpante, s'avère d'un kitsch légèrement redondant et tape à l'oeil comme si les réalisateurs avaient eu envie d'en faire la véritable star du film. Les traits et caractères sont poussés à leur extrême dans une logique jusqu'au boutiste de la représentation caricaturale des années 1970 comme si l'époque avait offert une explosion de l'extravagance et que tout était redevenu plus sage depuis. Le paradoxe et l'opposition ressortent beaucoup plus alors lorsque l'exhibitionnisme des décors se heurte à la sagesse de la réalisation et de son propos.

Il manque un juste milieu entre les deux, on aurait aimé plus de force dans la réalisation et moins de folie dans les décors. La performance d'Emma Stone montrait pourtant la voie, elle qui arrive à peser avec légèreté l'importance de son rôle tout en parvenant à l'élever dans des moments cruciaux, confirmant l'immensité de son talent après l'oscarisation de son bijou d'interprétation dans La La Land. Le contraste est ainsi décevant avec la performance de Steve Carell, convaincant par moment mais trop souvent au-delà de la limite du cabotinage, exagérant un personnage déjà assez spectaculaire. Sa relation avec sa femme (Elisabeth Shue) n'est intéressante que peu souvent alors que pourtant c'est elle qui offre un matelas financier à son mari macho via le travail que lui offre son père et l'argent qu'elle a. La seule relation véritablement bien approfondie, c'est bien évidemment celle qui lie trio que forment Billie Jean King, son mari Larry King (Austin Stowell) et la coiffeuse Marilyn Barnett (Andrea Riseborough) dont la sensualité dans les scènes qu'elle partage avec B.J.K est virevoltante, incroyablement bien filmée et constitue les seules scènes où les deux réalisateurs parviennent à sortir du cadre sage de leur propos. A travers Billie et Marilyn, on retrouve la liberté qui caractérise les personnages des films de Dayton et Faris comme dans Little Miss Sunshine où la famille, qui restait elle-même, était la force du long-métrage. Ici, les personnages libres, et on peut rajouter Bobby dans un moindre mal, sont inspirants, pas dans leur totalité (on peut penser à la morale et aux valeurs de Bobby) mais sont source de non conformisme et dans leur capacité à être non conventionnels, ils parviennent à captiver l'audience et à la toucher et dans le cas de Bobby, c'est une belle victoire pour les réalisateurs que de le rendre empathique par moment.

Pas de déception mais pas de transcendance: voilà comment nous pourrions résumer un film qui ne parvient pas à choisir un camp entre le conformisme et ce qui ne l'est pas. Mais il serait cruel de descendre un film qui trouve une fin impressionnante avec une reconstitution tennistique imperturbable, une fin qui possède un épilogue excellent qui n'a pas la prétention de prédire le futur mais l'instaure loin de toute volonté moraliste.

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