Blade Runner

Avis sur Blade Runner

Avatar Adagio
Critique publiée par le

Blade Runner, sorti en 1982, imagine le futur d'une autre Terre. Los Angeles y incarne le reflet de Metropolis, reprenant du film de Fritz Lang les clivages et la verticalité. L'oeuvre de Ridley Scott s'ouvre sur les halos des gratte-ciels, dans une ville constellée de lumières et de brasiers industriels. Alors que l'aéronef s'envole dans la nuit, Vangelis nous hante d'une musique éthérée, hors du temps. L'histoire va s'attacher au personnage de Deckard, un chasseur spécialisé dans la traque d'androïdes. De manière édifiante, Blade Runner reprend les codes du film noir pour créer un genre de polar cyberpunk. L'enquête s'avère bouleversante, dans les thèmes qu'elle aborde comme dans la réalisation absolument remarquable.

Ridley Scott construit ici son univers à travers toute une échelle de contrastes : la pénombre perpétuelle qui s'étend dans une ville baignée de lumière artificielle ; l'architecture écrasante de Los Angeles pourtant sillonnée de décors aériens ; le cadrage, au plus près des visages, qui ne révèle rien de ce que les personnages abritent en eux. Le thème de la déshumanisation, tout comme celui de l'identité, exploite ces contrastes et illustre une barrière devenue floue entre l'homme et la machine. Les réflexions se prolongent avec l'ambiguïté du test Voight-Kampff, sensé distinguer l'homme du robot. Mais comment traiter l'androïde qui ignore sa propre nature ? Rachel compose-t-elle son propre répertoire d'affects ?

Les réplicants, finalement, cherchent à palier ce qui contraint leur durée de vie à 4 ans. Leur quête offre un terrain fertile à d'autres réflexions. La mort, l'héritage, la survivance. On repense à ces buildings taillés en forme de pyramide, un clin d’œil aux pharaons et leur obsession d'immortalité. Deckard finit par retrouver la trace des fugitifs dans un immeuble délabré. Il s'engage alors un duel d'anthologie, gravé au panthéon des improvisations. « All those moments will be lost in time, like tears in rain. ». Blade Runner est aussi un prolongement du roman de P.K.Dick, moins porté sur l'éveil de la conscience chez l'androïde, plus axé sur la survie et la solitude de l'homme après un déluge nucléaire (avec des passages sur les animaux artificiels, les boîtes à empathie, les systèmes de castes, ou encore l'exode sur Mars). Blade Runner est un véritable chef-d'oeuvre, une oeuvre prégnante jusque dans la conclusion et les doutes qu'elle soulève sur la nature de chacun.

I've seen things you people wouldn't believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate. All those moments will be lost in time... like tears in rain... Time to die.

(Février 2019)

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 39 fois
7 apprécient

Adagio a ajouté ce film à 4 listes Blade Runner

  • Films
    Cover Notes

    Notes

    L'image de la liste est tirée du travail d'Andreï Tarkovski, Stalker, 1979.

  • Films
    Cover Top 10 Films

    Top 10 Films

    Avec : Blade Runner, Sueurs froides, Apocalypse Now, Il était une fois dans l'Ouest,

  • Films
    Cover Citations

    Citations

    En couverture, Masaki Kobayashi, Harakiri, 1962.

  • Mais aussi

Autres actions de Adagio Blade Runner