Vous rêviez de voir un jour l'adaptation cinématographique du très ambitieux film d'animation Blood : The Last Vampire réalisé par Hiroyuki Kitabuko en 2000 ? Vous voilà servis. Vendu et emballé avec la promesse de retrouver un soupçon de Tigre et dragon et d'Hero en guise de cerise sur la gâteau. Alors un conseil : il est préférable d'avoir l'estomac solide car le risque d'indigestion est conséquent. Voire affligeant.

A la barre de ce naufrage, l'ex-protégé de Luc Besson et réalisateur du déjà râté L'Empire des loups Chris Nahon, venu (tenter) de nous raconter l'histoire de cette base américaine située au Japon et infestée par des démons alors que la guerre du Viêtnam fait rage. Une société secrète gouvernementale envoie alors son meilleur élément, une mystérieuse adolescente aux pouvoirs surnaturels, afin de faire place nette. L'occasion pour elle de dénicher l'assassin de son père, Onigen, plus ancien et plus puissant démon sévissant sur Terre. Dans la tenue d'écolière de Saya, la pimpante Jeon Ji-hyun (rebaptisée Gianna Jun pour l'international), immense star sud-coréenne dans son pays avec le définitivement culte My Sassy Girl et son incroyable préquel Windstruck. La déception n'en est alors que plus grande, d'autant que la jeune femme n'est pas particulièrement fautive du désastre dans lequel elle tente de faire bonne figure, avec cette fougue et cet entrain qui la caractérise depuis ses débuts. Avec Koyuki (la ravissante japonaise dont Tom Cruise fut épris dans Le Dernier samouraï) pour ennemie mortelle, on pouvait encore espérer un duel homérique en guise de finale explosif, nous n'aurons en fait qu'une esquisse grossière de dialogue dopée à l'action, épousant ainsi le reste du film. A savoir le grotesque.

Le ridicule est en effet la constante de ce loupé car il l'est sur tous les plans et à tous les niveaux, à commencer par une ébauche de scénario servant de script à une oeuvre que l'on aurait aimé nettement plus audacieuse que cela. Les pseudo-vampires sont réduits à leur plus simple appareil, la psychologie des personnages également. La complexité n'est pas de rigueur ici, chacun a un trait de caractère et un but, pas plus (on risquerait de ne plus suivre, sinon). Les dialogues sont également d'une fadeur accablante au point qu'on aurait préféré un film muet pour l'occasion. Mention spéciale au rôle dévolu à la pauvre Allison Miller, dont les interventions sont à chaque fois et ce bien malgré elle risibles au possible. Tout comme les situations dans lesquelles elle se retrouve d'ailleurs, à se demander si les séries Z type slasher movie des années 70 n'ont pas inspiré la conduite de l'action, avec ces plans surfaits et un travail sonore un rien bâclé.

Le pire se situe néanmoins ailleurs. Il n'y a qu'à voir la qualité des effets spéciaux pour avoir envie de régurgiter son repas de communion tant ils sont dépassés et obsolètes. Chaque incrustation est visible comme le katana au milieu d'un gros plan, et les "vampires" ont l'air d'être tout droit sorti des studios RKO période King Kong. En 2009, ça la fout mal. Il faut voir le traitement numérique du sang voulu par Nahon, à se demander s'il a un instant saisi en cours de post-prod' la portée intrinsèquement absurde de la démarche. Si les scènes de combat relevaient au moins l'intérêt, on pourrait sans doute lui pardonner, mais le film est tellement sur-découpé que l'on peine à distinguer une once de chorégraphie dans ce grand foutoir scénique. Bien triste hommage à l'oeuvre éponyme que nous offre le cinéaste, capitaine d'un navire qui réussit l'exploit de couler encore plus vite que le Titanic.

En bref : Blood : The Last Vampire est assurément l'un des films les moins aboutis qu'il nous ait été donné de voir cette année. Avec un scénario bâclé, une mise en scène grossière, des effets spéciaux totalement dépassés, le film de Chris Nahon arrive même à faire rire par moments tant tout n'est que prétexte à la moquerie. L'oeuvre de Hiroyuki Kitabuko méritait sans conteste bien plus d'égard et de moyens, ce qui ne semble pas avoir été le cas. Et l'on comprend dès lors pourquoi ce film a failli ne jamais sortir sous nos latitudes. Il aurait d'ailleurs peut-être mieux fait de s'en abstenir, 91 minutes de notre temps (publicités non comprises) auraient pu ainsi être économisées.

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le 21 mai 2013

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Kelemvor

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