When you want to come ...

Avis sur Body Double

Avatar Simon Deschamps
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Film assez mal aimé dans la filmo de De Palma, même par lui même, vu qu’il le renie plus ou moins dans son entretien avec Laurent Vachaud et Samuel Blumenfeld, Body Double pâtît certainement de son esthétique très années 80 et de son gout très prononcé pour l’outrancier.
Pourtant, j’aime beaucoup le film. Le préférant presque à la période hitchcockienne (que j’aime bien hein !) de De Palma, qui est un de mes chouchous, et dont Les Incorruptibles restera à jamais comme le film décisif au développement de ma cinéphilie ! (Vu à 10 ans et tout de suite très impressionné par la puissance dramatique d’un vrai film !)

Bref, revenons à Body Double et à sa machination diabolique permettant à un affreux goujat de tuer sa femme en construisant un alibi parfait.
Le scénario est hyper efficace, pas de temps morts, la révélation finale est fluide, on y croit globalement, donc le film est dramatiquement très réussi selon moi !
Mais j’y ai trouvé autre chose, ce petit truc en plus, une théorie que j’ai cru voir dans le film ! Je suis peut être complètement à côté de la plaque ! Je la développerais plus tard !

Pour revenir sur le film, De Palma y développe de prime abord la même capacité de citation du cinéma d’Hitchcock. Mais cette fois ci, il accepte pleinement l’outrancier, il semble vouloir se détacher du maitre ! Et c’est tant mieux. J’ai l’impression qu’il se lâche enfin, qu’il ose des choses plus lyriques, quittes à perdre le spectateur. Je pense notamment à la scène à la plage, avec ce plan en 360 degrés où les 2 personnages se roulent des pelles. L’effet est pas loin du ridicule, et peut plutôt donner à rire. Sauf que si on réfléchît bien, cette scène se déroule dans le fantasme hyper romantique du personnage principal. Il vit ça comme une scène de cinéma avec les effets dramatiques qui vont avec et les violons derrière. Tout se justifie dans la mise en scène de De Palma, rien n’est gratuit, ou gratuitement esthétisant.
J’aime beaucoup le côté un peu « sale » du film, limite porno chic. Volontairement outrancier, ce qui le diffère du cinéma d’Hitchcock, il prend ses distances avec ce dernier, pour éviter que son cinéma tourne en long. Il a digéré tout ce que Hitchcock lui a appris, il peut se livrer complètement. Il développe des références évidentes à Sueurs Froides ou Fenêtre sur cour, pour mieux s’en affranchir ensuite. Détourner les attentes.

Le fait de poser l’histoire dans le milieu du cinéma, des tournages et Cie, donc dans la fabrique de construction du faux est très pertinent, on sait déjà qu’on est dans une superficialité globale. Et ça se justifie dans le déroulement du film.

A l’image du personnage à l’origine de la machination, De Palma détourne l’attention du spectateur de ce qui me semble être le vrai sujet du film.
Pour moi (et cette théorie n’engage que moi), le film est un grand film sur l’impuissance sexuelle. Comme l’était plus frontalement Lost Highway de Lynch.
En effet, le personnage principal est d’emblée présenter comme quelqu’un qui n’arrive pas à jouer (jouir ?) dans la première scène. La réplique ne sort pas. Ça lui portera préjudice vu qu’il sera remplacé dans ce rôle.
Ensuite, il n’arrive jamais à finir ce qu’il entreprend, il n’arrive pas par exemple à poursuivre l’indien qui vient de dérober le sac de sa voisine d’en face.
Et surtout il est très facilement manipulable par tout ce qui touche à la sexualité et ce qui la stimule.
Le personnage du tueur sait très bien qu’en lui offrant la vue sur sa voisine d’en face et sa danse sexuelle quotidienne, Jake y sera très réceptif.
Le film raconte l’histoire d’un personnage qui est bloqué tout le film, qui n’arrive pas à agir, qui est impuissant par rapport atout ce qu’il se passe dans le film. Il subit.
Ajoutez à cela le clip de Frankie goes to Hollywood, sur une chanson aux paroles suggestives (Relax, dont do It, Relax, when you want to come), et une scène pendant le générique de fin où il est question d’une barre qu’il faut garder bien droite (on le répète à Jake deux fois de façon bien insistante).
Mais surtout, ce qui nourrit cette théorie, c’est la résolution du film. Encore une fois, Jake n’a pas su agir, il est littéralement au fond du trou, dans la tombe, encore une fois incapable d’agir. Lui revient alors la scène qui introduit le film. Lui qui n’arrive pas à jouer. Cette fois ci, il y parvient, il jouit enfin ! Il devient alors le héros du film, il a vaincu son impuissance puisqu’il se relève et vient à bout du « méchant ».
Et la fin de son impuissance sexuelle lui offre subitement l’accès à tout ce qu’il avait loupé pendant le film. Le rôle, les femmes, etc.
Pendant tout le visionnage du film, j’ai pensé à cette théorie que le déroulement dramatique renforce! Mais peut être que j’extrapole complètement !

En tout cas, ça montre la richesse d’un film que j’aime beaucoup, qui trouve sa place dans la filmo de De Palma, en marquant son affranchissement par rapport à son influence majeure qui est le maestro Hitchcock !

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