Cool memories

Avis sur Breakfast Club

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On nous présente souvent The breakfast club comme un teen-movie supérieur : normal, il est l’un des premiers films du genre, bien antérieur aux American Pie et autres Projet X. Au-delà des enfantillages et accès d’hormones, il s’agirait d’un film mieux dialogué, plus complexe que ses suiveurs... Breakfast club me semble en réalité un teen-movie pleinement conforme au cahier des charges du genre : il s’agit ici, comme toujours, de faire la promotion du jeune rebelle, ou pour le dire dans des termes moins sexy, du surconsommateur hédoniste. Comme toujours, l’apologie du cool.

Le teen-movie nait après-guerre (Rebel without a cause), exactement en même temps que deux phénomènes qui lui sont contingents : l’explosion démographique et économique de la jeunesse, via les baby boomers, première génération de jeunes consommateurs, et l’adolescence, nouveau segment marketing qui devient peu à peu moteur et modèle pour toute la société de consommation. Avec ce nouveau segment de marché nait un nouvel ethos, le cool, qui s’enracine grandement de la contreculture hippie : la révolte sans révolution, les cheveux longs plutôt que l’action politique, le flegme et la recherche du style comme boussoles.

Le teen-movie, c’est un peu la catégorie de films qui fait la propagande de ce cool, et dont les œuvres les plus évidentes de conformisme au dogme anticonformiste du cool sont apparus dans les années 1980, les années Pepsi, les années de la Nouvelle Génération. Breakfast club, c’est un cas d’école, une œuvre exemplaire, qui devrait être inscrite avec Pump up the volume au programme de toutes les écoles de publicité, de marketing et de mode, des formations d’ingénierie de la basket jusqu’aux séminaires sur le packaging pour boissons sucrées.

Breakfast club, c’est l’histoire d’une conversion. Dans une salle de colle, un samedi, sont « enfermés » un rebelle, une fille à papa, un intello, un sportif et une folle. Au début de l’aventure, seul John Bender le rebelle est touché par la grâce du cool. On le voit tout de suite : il arrive débraillé, dans un bel ensemble post-new-wave-pré-grunge über cool : mitaines de cuir, veste en jeans, chemise de bucheron, boots customisés d’un bandana. Les autres sont tous d’effroyables conformistes étriqués, sans style, sans gouaille, ringards, tous obéissent aux volontés de leurs parents. En leader charismatique, Bender va mener ces brebis égarés vers la lumière cool, leur apprendre à répondre aux adultes, à détester les parents et l’école, par les voies classiques de la subversion (« I'm trying to help her»). Pour être cool, il faut casser toute inhibition, être capable de parler de sa bite avec un (air de) détachement total, ne jamais rougir, se foutre de tout. L’exercice salvateur : fumer de l’herbe et danser dans les locaux de l’école en affichant son mépris des lieux.

Car nos cinq gamins en colle ont tous un besoin vital de se libérer : ce sont tous les enfants de parents tortionnaires. Dans ce petit huit-clos, l’adulte, c’est l’incurable fasciste. Il y a la masse invisible des parents qui poussent leurs enfants à la dépression, et puis il y a le cerbère des lieux, le principal Vernon, psychopathe colérique, bourrin et violent, prêt à tabasser les enfants qui l’horripilent. Pour faire contrepoids, et renforcer le manichéisme plutôt que de le casser, on a le personnage du concierge, qui seul s’échappe du tout-fasciste adulte, en se montrant aussi cool que la jeunesse rebelle, par un air tout aussi nonchalant et des formules tout aussi provocatrices. Breakfast club flatte son public cible, les teenagers, en faisant s’épancher des cas limites sur la connerie de leurs parents, discours dans lequel n’importe quel 10-19 ans se retrouvera. Oui, les parents sont des cons, c’est ce qu’on pense à peu près tous au moment de l’explosion hormonale et des premières érections, avant de grandir et de conquérir une certaine nuance dans le jugement.

Breakfast club est une thérapie de groupe, un psychodrame au sein duquel chaque jeune se libère et se trouve. C’est un film mensonger qui avance que l’égalitarisme peut être trouvé dans le nihilisme, que le cool est l’extrême onction démocratique, qu’une libération est atteignable par la subversion orgiastique. Excepté l’accent mis sur les dialogues et l’unité de lieu, on retrouve dans ce film tout ce qui constitua et constituera le genre, notamment des pics de délire et de fun conçus pour faire jubiler l’ado potache. Dans American Pie, l’on se branle dans une chaussette puis dans une tarte. Ici, on explore les zones cachées du lycée, on casse le plafond, l’on fume de la beuh et l’on danse frénétiquement en pleine bibliothèque. Quelle différence ?

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