Critique "Burning" de Lee Chang Dong

Avis sur Burning

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   "Pour moi la vie reste un mystère."

   Construire une œuvre de cinéma sur un mystère est quelque chose d'assez courant, ne serait ce que le mystère du "qui/où/quand/quoi et surtout pourquoi ?" qui est la base même de beaucoup de thriller. Mais ce qui est beaucoup plus rare et original, c'est la démarche du nouveau film de Lee Chang Dong ("Poetry", "Oasis") qui n'est pas de baser son film sur un mystère, mais de créer une œuvre qui tente de capter l'essence même de ce qu'un mystère est, son identité et surtout sa représentation dans l'imaginaire du spectateur.

   Vous l'avez compris il sera question aujourd'hui du fameux "Burning" de Lee Chang Dong qui a beaucoup fait parler de lui pour l'unanimité qu'il a provoqué lors du dernier festival de Cannes...mais qui n'aura finalement pas abouti à une seule récompense en compétition...quelle erreur !

   Une erreur car "Burning" est un grand film, une œuvre intense, complexe et fondamentalement belle. Non, "Burning" n'est pas un grand film, "Burning" est un chef d'œuvre ! Mais bon, au lieu de vous déblatérer des superlatifs, ce qui n'aurait pas grand intérêt, je vais plutôt tenter de vous démontrer en quoi ce film est sans aucun doute : le meilleur film de l'année.

   La première raison pour laquelle "Burning" est un chef d'œuvre, c'est son ambition narrative, car oui, "Burning", sous son apparente lenteur et vide scénaristique, est en réalité un véritable bijou d'écriture tant la richesse narrative rejoint ici la justesse thématique pour former une œuvre qui mélange romance, thriller labyrintique et métaphysique, portrait politique et sociétal tout en restant un pur trip sensoriel. Rare sont les films qui mélangent à ce point les genres tout en conservant ce qui fait la cève de chacuns d'entre eux.

   Et cependant, malgré cette abondance de genres cinématographiques qui forment, à eux seul, tout un véritable imaginaire de cinéma, "Burning" raconte aussi, et surtout, le destin, l'évolution voir même la philosophie de ses trois personnages principaux, qui en un sens, tentent de se fabriquer une place dans un monde dont ils sont totalement déconnectés. Un véritable récit initiatique d'un personnage qui brule. Brule d'amour mais aussi colère. Bref un film très intéressant scénaristiquement, mais pas que...

   Parce que oui, si quelques personnes de mauvais goûts ont quelque chose à redire de l'écriture du film, s'il y a bien un élément qui a mis tout le monde d'accord : c'est la mise en scène de Lee Chang Dong. Ce film est d'une beauté juste ahurissante : sa lumière, son découpage et son cadre sublimé par un scope ample et ambitieux. Un ensemble venant soutenir et agrandir un mystère omniprésent, et non pas écraser celui ci avec un geste hautain et superficiel.

   Et on y revient, le mystère... Celui ci se dégageant de séquences intenses et terriblement prenantes contre balancées par des moments suspendus de pure mise en scène. Il y a par exemple la plus belle scène de l'année se situant au milieu du film, comme un instant clé permettant la transition d'un genre à l'autre, d'un univers de cinéma à l'autre. Cette ambiance qui jalonne le long métrage est bien évidemment propulsé par la prestation des acteurs, incroyables de justesse, et par une composition musicale qui vient soutenir l'émotion sans jamais tomber dans une sur-dramatisation qui aurait totalement fait tomber cette ambiance à plat, un travail d'orfèvre.

   Alors oui, ce n'est peut-être pas facile de se lancer dans une œuvre de cinéma où l'on sait que l'on ne va pas tout comprendre, une œuvre qui peut paraître lente et déconcertante, mais je vous incite à ne serait-ce qu'essayer, car grâce  à "Burning", je ne verrai plus jamais les couchés de soleils de la même façon...et ça, tous les films ne peuvent pas en dire autant.

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