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Avis sur Cannibal Holocaust

Avatar Michel Toto
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PRÉAMBULE : Je sais que beaucoup de gens méprisent ce film en raison de ses scènes de maltraitance animale particulièrement dégueulasses, et je les comprends totalement. Moi non plus, devant la scène de la tortue, j’étais pas content de ce que je voyais. Du coup, peu de chance que la critique vous intéresse, puisque je ne parlerai pas de cet aspect-là du film. Et je ne parlerai pas non plus de ce qui entoure le film (les acteurs prétendus morts pendant le tournage, etc.), juste du film en lui-même.
Allez, go.

On m’aurait demandé mon avis sur Cannibal Holocaust il y a quelques années, j’aurais sûrement répondu « Je l’ai pas vu, c’est de la merde ». Merci à celle qui se reconnaîtra de m’avoir motivé à le voir. Moi qui ai toujours eu sur ce film l’à priori de « c’est du trash pour du trash, c’est mignon mais y’a rien derrière » hé ben non en fait, y’a à dire derrière.

Synopsis rapide : une équipe de quatre reporters part en Amazonie pour filmer des tribus indigènes en espérant tomber sur d’authentiques tribus cannibales, et lesdits reporters finissent par être portés disparus. Une équipe de secours part alors à leur recherche, équipe composée entre autres d’un anthropologue qui profitera du voyage pour étudier les tribus amazoniennes avec un oeil bienveillant. Tout ça supervisé de loin par des producteurs qui cherchent une idée de reportage sensationnel.

Après quelques images des reporters avant qu’ils ne partent en expédition, on suivra directement l’équipe de secours, ce sera l’occasion de les voir sympathiser avec une tribu pacifique qui cherche simplement à vivre tranquille dans la jungle, avant qu’ils ne tombent sur une tribu effectivement cannibale et violente. C’est à partir de là que l’équipe tombera sur les cadavres de ceux qu’ils recherchent, et en arriveront vite à comprendre les raisons de leur mort. Et en trouvant les cadavres, ils trouvent leurs caméras, et les rushes avec. C’est là que la partie found footage commence, et c’est là que le film prend tout son sens.

À partir de cette découverte, le film alterne entre les rushes plus ou moins bruts (le « plus ou moins » est important) de l’équipe de reporters (le found footage, donc), les séquences de visionnage des rushes, et les discussions entre l’anthropologue et les producteurs du reportage en cours. Nous découvrons, en même temps que les personnages, que les reporters sont des sacs à merde finis. Jusqu’ici, on avait vu des indigènes en chasser d’autres pour les bouffer, et un autre faire subir un rituel de punition à une femme pour adultère assez ignoble. Maintenant, on voit que les reporters sont encore pires qu’eux. Et vas-y qu’on parque tout une tribu dans une case pour y foutre le feu, qu’on viole d’une indigène en se marrant, qu’on passe notre temps à se foutre de la gueule des « sauvages ». Le colon blanc dans toute sa splendeur. Spoiler alert : ces mêmes sacs à merde finiront par subir tous les outrages possibles de la part des indigènes, et au final, on pourrait presque se dire que c’est bien mérité…

Mais si seulement ça s’arrêtait là… Parce que oui, effectivement, on trouve une critique du colonialisme et du sentiment de toute-puissance du colon civilisé tout permis, assez simpliste mais existante quand même, mais l’analyse se poursuit à travers les échanges entre l’anthropologue (qui, avec nous, est dégoûté de ce qu’il voit) et les producteurs. Un reportage c’est bien, mais un reportage spectaculaire, trash et sensationnel, c’est mieux. Combien de ceux qui détestent le film lisent des articles de faits divers ? Combien sont à la recherche de scandale ? Combien sont à l’origine de l’audimat des émissions de télé-réalité où on se moquent de gens qu’on juge inférieurs, d’émissions consacrées à des serial killers ou à des reportages sur les attentats toujours plus putassièrement généreux ? Tout le propos du film est là. Et pourtant, Cannibal Holocaust, c’était il y a 40 ans… Force est de constater que le propos est toujours d’actualité aujourd’hui.

À travers les rushes des reporters et les dialogues des producteurs, on comprendra l’importance de la mise en scène et du montage, l’intérêt de couper, et de garder ce qu’on veut montrer. Les reporters n’ont pas juste foutu le feu à une case remplie d’indigènes, ils ont voulu faire passer ça pour un acte de barbarie de la part de leur rivaux. Ils se retrouveront à rire comme des cons devant une femme empalée à l’entrée d’un village, se moquant de la sauvagerie des amazoniens, avant de feindre une émotion de dégoût face caméra. Et les producteurs sont heureux, ils vont pouvoir couper pour garder ce qu’ils veulent montrer : du trash, de la dégueulasserie, de l’ignominie. Ou du moins, de l’ignominie venant de peuples moins développés que le peuple blanc supérieur du pays du rêve et de la liberté. Tout est bon tant que ça répond au besoin de scandale du public. Ça c’est du journalisme ! J’ai l’impression d’être sur BFM TV putain !

Mais Cannibal Holocaust en a décidé autrement. Le public veut du scandale ? Très bien. Qu’il l’assume. On gardera le dégueulasse des deux côtés, pas simplement le côté qu’on veut bien montrer pour satisfaire les besoins voyeuristes du spectateur. Et les producteurs du reportage décideront finalement de brûler toutes les bobines quand ils verront le sort que les indigènes ont réservé aux explorateurs avides de se donner corps et âmes à la production d’un scandale. Montrer les pratiques archaïques des sauvages pour leur enlever leur humanité ça va, mais montrer le colon victime de la vengeance de ceux qu’il a traité avec la pire monstruosité, non, ça c’est vraiment inadmissible…

Douze ans plus tard, on retrouvera les mêmes thématiques du journalisme, de la télé-réalité, du scandale et du sensationnalisme (oh, dans un petit film pas connu, de rien du tout hein), mais avec un ton plus léger et un angle un peu moins radical, mais que je vous conseille quand même, je sais pas si vous connaissez, ça s’appelle C’est arrivé près de chez vous

EDIT de dernière minute, que je vais peut-être regretter : Ça me fait un peu mal de le dire, mais je crois que même les scènes de maltraitance animale vont dans le sens du film... Si les gens aiment tant les faits divers, pourquoi ce serait choquant de montrer ça, finalement... Effectivement, choper des singes et leur couper la tête vivants pour les besoins d'un film, c'est dégueulasse. Mais les besoins d'un film, c'est aussi le besoin de payer (donc de nourrir) les gens qui participent au film... Mais si une tribu indigène découpe des singes pour les manger, c'est moins choquant... Putain je sais plus, j'ai quand même l'impression que ces scènes-là servent à pointer du doigt une certaine hypocrisie chez le spectateur... Au final, y'a que pour les vegans que je trouve légitime de fustiger ce genre de chose... Je crois... Depuis quelques années j'avais réussi à devenir moins cynique qu'avant, mais là je crois que ce film me retourne un peu la gueule...
On est quand même pas loin de la définition du jusqu'au-boutisme.

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