Un capharnaüm réussi

Avis sur Capharnaüm

Avatar Rometach
Critique publiée par le

[Remarques générales. Je n'ai pas envie de juger et noter des films que je n'ai vus qu'une fois, souvent avec peu de connaissance du contexte de production. Je note donc 5 par défaut, et 10 ou 1 en cas de coup de cœur ou si le film m'a particulièrement énervé. Ma « critique » liste et analyse plutôt les éléments qui m'ont (dé)plu, interpellé, fait réfléchir, ému, etc. Attention, tout ceci sans égard pour les spoilers !]

Dans l'éternel débat qui opposerait le fond à la forme, le sujet à l'esthétique, j'ai été surpris de découvrir que Capharnaüm était rangé par beaucoup dans la catégorie « sujet touchant mais esthétique laissant à désirer ». En effet, lorsque j'ai regardé le film, ce sont surtout des réussites techniques et esthétiques qui m'ont impressionné.

Avec peu de moyens, bien sûr : la photographie comme la prise de son utilisent les décors naturels, il n'y a pas d'éclairages sophistiqués, pas de mouvements de caméra acrobatiques... Deux éléments « techniques » m'ont pourtant marqué.
D'une part, la sensation d'ivresse urbaine, en empathie avec ce que doivent ressentir le petit Zain (Zain Alrafeea) et le bébé dont il s'occupe, plongés dans le tumulte de Beyrouth. J'ai été plongé dans ce tourbillon, ressenti un malaise, une saturation. Ce sont le cadrage, le montage et le mixage qui le permettent. Les plans s'enchaînent dans un espace réduit, le cadre est serré, masquant la source des sons environnants qui nous parviennent en permanence, une texture sonore urbaine désagréable et bruyante. Le fameux capharnaüm.
D'autre part, j'ai trouvé les acteur-rice-s globalement très crédibles (pas toujours, certes, mais Zain, du début à la fin). Et ça, avec des enfants et des amateur-rice-s qui plus est, c'est une véritable performance ! Je n'ai pas été étonné de lire que le tournage avait pris six mois, qui ont dû impliquer beaucoup de direction et beaucoup de rushes pour obtenir, du bébé notamment, des images intéressantes à sélectionner.

Quand au sujet, il est émouvant et j'ai été ému, même si j'ai trouvé un peu maladroites les séquences au tribunal, et trop espacées pour être un contrepoint vraiment efficace. (Tout de même, ces séquences laissent deviner au début que Zain a poignardé le mari de sa sœur, puis comme l'intrigue s'en éloigne j'ai pensé que non, et finalement si : j'ai trouvé le procédé amusant.) Il y a des passages que j'ai trouvés intéressants, le fait que la misère de Zain est telle qu'il requière (message volontairement excessif pour les scénaristes, je ne l'entends qu'ainsi) qu'on interdise aux pauvres d'avoir des enfants, mais c'est peu développé, ou encore les reproches de la mère envers l'avocate jouée par la réalisatrice Nadine Labaki, lui demandant qui elle est pour la juger, elle qui n'a jamais vécu une vie comme la sienne - mais là encore, ça s'arrête là, donnant des clef sur la position de la réalisatrice par rapport à son sujet mais pas assez pour alimenter longtemps ma réflexion.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 2971 fois
16 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de Rometach Capharnaüm