Dommage

Avis sur Collatéral

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Pendant des années, Collatéral a trôné dans ma liste de films à voir sans que je ne lui laisse l'opportunité de me surprendre; et désormais que c'est chose faîte, il faut reconnaître l'indéniable réputation de représenter l'un des meilleurs films d'action de la carrière de Tom Cruise, réalisé en même temps par un faiseur de polars/thriller surdoué : le bien célèbre Michael Mann, déjà à la barre du superbe Heat.

Le mythe du tueur à gages au cinéma remonte presque aussi loin qu'aux origines du film noir : Collatéral vient dynamiter cette vision romancée, humanisée à laquelle on pouvait s'attendre en faisant de Cruise une machine à tuer ultra-méthodique et sans état d'âme, qui considère mieux sa mission que les humains. En contradiction totale avec la personnalité du personnage de Jamie Foxx, il représente cette partie froide et meurtrière de l'homme, qui ne pourra qu'avoir un destin tragique.

Ange de la mort, le prénommé Vincent nous propose une visite dans son monde fait de quartiers de nuit malfamés, de tueries sans pitié, de chantage et de manipulation; l'acteur, au sommet de sa carrière, compose une prestation tout en mystère, en charisme et en dureté, se montrant encore plus crédible ici que dans le très bon Jack Reacher (pour ne citer que lui) et développant sur pellicule l'un des plus grands antagonistes increvables qu'on aura pu voir.

Il jure avec le personnage ultra-stéréotypé de Jamie Foxx, avec lequel on n'évite aucun cliché de caractérisation de personnalité : un peu à la manière d'Electro dans The Amazing Spider-Man : Le Destin d'un héros, il incarne un homme sympa mais bien paumé, dont la vie se résume aux rêves perdus dans la solitude de son taxi. C'est quand il croise cette femme-fonction, dame en détresse sur laquelle l'intrigue se basera finalement (charmante Jane Pinkett Smith), qu'il présente son projet de vacances à vie : une simple carte postale sur son pare-soleil, faîte de mer et de palmiers, les font tous deux rêver.

On se surprend à se demander si Mann ne nous balancerait pas ce fameux stéréotype du projet qu'un personnage ne réalisera jamais puisqu'il court à sa mort, ou tout à l'inverse s'il ne pose pas lourdement les sabots de sa conclusion. Conclusion qui d'ailleurs ne sera pas sans faire écho aux Terminator (le premier) de Cameron et L'Impasse de De Palma (pour la course-poursuite dans le métro), avec une efficacité terrible et un Tom Cruise habité, proposant ici l'une des meilleures performances de sa carrière.

Fascinant à plus d'un titre, il tient le film sur ses épaules sans pourtant parvenir à faire oublier les facilités d'écriture, les rebondissements lourdauds, les clichés ramenés par manque d'imagination, les incohérences où Cruise, en fin de film, ratera ses deux cibles comme pour permettre au film de nous proposer une course-poursuite haletante. C'est sympa, intense et très divertissant, mais la crédibilité en prend un coup quand un film si réaliste ne parvient plus à donner de crédibilité à ses péripéties.

Pour rattraper le coup, il y aura de quoi profiter avec le travail de Michael Mann, qui filme toujours avec ce style mi-documentaire mi-fiction romancée une action ultra-réaliste et d'une violence folle (Cruise abattant les deux loubards ayant volé sa mallette est un grand moment), le tout soutenu par la photographie terne et profondément sombre de Dion Beebe et Paul Cameron, deux directeurs de la photo à l'oeuvre sur un bon nombre de blockbusters à la photo souvent très réussie.

Formellement impeccable, Collatéral est malheureusement gâché par ses dernières vingt minutes de pure action où s'enchaînent les incohérences, les facilités scénaristiques sur fond de révélation farfelue et attendue, qui rajoute encore plus de lourdeur à la relation entre Foxx et Smith. On aura rarement vue de violence urbaine aussi bien rendue que dans Collatéral, si ce n'est dans Heat du même réal. Passionnant de bout en bout, intense et honnête.

Reste la présence discrète mais remarquable de Mark Ruffalo dans un rôle qui lui sied à merveille, éjecté de l'intrigue avec une brutalité folle.

Un très bon polar un poil poussif sur son écriture, tenu par le duo Mann/Cruise, qui représente une date dans la carrière des deux artistes.

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