Théorème bis

Avis sur Dans la maison

Avatar Elsa la cinéphile
Critique publiée par le

Je n'avais visiblement pas apprécié ce film à sa juste valeur, quand je l'ai vu, il y pas mal d'années.
Voyant la note de mes éclaireurs, j'ai voulu le revoir.
Et mon jugement a bien évolué ! En effet, ma note est passée de 5 à 8.

C'est effectivement un très bon film, même à mon sens, un des meilleurs de Ozon.

Jouant constamment sur la frontière entre fiction et réalité, il nous emmène sur les traces des écrivains en herbe ou avertis, dans le processus même de création, qui peut dériver sur de la manipulation, comme ici.

Le film est une adaptation de la pièce espagnole de Juan Mayorga, intitulée "Le Garçon du dernier rang". A ce sujet, François Ozon déclare : "Dès que j’ai lu la pièce, j’ai senti ce potentiel de pouvoir parler indirectement de mon travail, du cinéma, d’où vient l’inspiration, de ce qu’est un créateur, un spectateur". Ozon a choisi de modifier le titre qui, d'après lui, se focalisait trop sur une seule problématique.

Cela tient du génie, et en plus, les acteurs sont vraiment bons.

Fabrice Luchini , au premier chef, est excellent. Il campe Germain, ce prof de français de lycée, subjugué par les qualités littéraires de son jeune élève, qu'il découvre dans une rédaction qu'il a commandé à ses élèves, sur le récit de leurs dernières vacances.

Ernst Umhauer, un jeune acteur de 21 ans, interprète le personnage central de Claude. Ce dernier, qui dans le film est à la fois acteur et narrateur, s’immisce dans la maison de son camarade de classe et va observer à la loupe sa famille.

On le sent au début un peu jaloux de son camarade, lui qui a perdu sa mère très jeune et qui n'a pas l'air très proche de son père. Il souhaite observer comme un scientifique analyse les insectes qu'il aurait sous son microscope, cette famille qui a tout pour être heureuse, mais dont il perçoit cependant quelques failles. Dès le début, il veut intervenir sur cette famille, qu'il méprise un brin, la jugeant bourgeoise, notamment la mère.

Ernst Umhauer joue très bien, je trouve, le côté malsain et voyeur du personnage, ainsi que son amour progressif pour la maîtresse de maison.

A votre avis, Claude sera t'il pris à son propre jeu ? Moi, je le pense.

Ozon, qui avait déjà participé à un projet avec elle, a tenu à confier à Emmanuelle Seigner un rôle de femme naïve et "sans une once de perversité", ce qui contraste avec le type de personnages que l'actrice a l'habitude d'incarner. Selon les propres dires de la comédienne : "C’est rigolo de jouer quelqu’un qui n’est pas du tout vous (...). C'est sans doute l’un des rôles qui m’a le plus amusée dans toute ma carrière."
Je l'ai trouvé d'une grande délicatesse dans son jeu, et d'une beauté naturelle époustouflante.

Enfin, Kritisn Scoot Thomas, qui à mon avis, ne démérite jamais, interprète Jeanne, la femme de Germain. C'est une femme très intéressée par l'art (elle dirige une galerie) et par le processus de création.
Les dialogues entre elle et son mari sont d'ailleurs truculents, sur ce qu'est la création littéraire, le récit, l'invention et la destinée des personnages etc.

Ce film, par son thème, m'a fait penser à Théorème de Pasolini : un jeune homme pénètre dans une maison et va déclencher autour de lui de telles réactions, que ça va mettre à mal tout l'équilibre familial. On y retrouve ce même coté malsain, manipulateur du héros.

Le thème du voyeurisme est également central. Les personnages de Claude au premier chef, de Germain, puis de sa femme s'y adonnent avec régal.
Bien que Germain et sa femme y soient au début un peu réticents, par pudeur, par respect naturel pour les autres, ils y prennent vite goût, entraînés par le récit passionnant du jeune Claude. Ils s'amusent même du suspense créé, et Germain va se plaire à entraîner Claude dans la manipulation pour agrémenter son récit et créer encore plus de suspense.
Mais quand la réalité se mêle à la fiction, c'est là que les choses vont prendre un tour inattendu.

J'ai une hypothèse qui peut paraître bancale mais bon je tente : le personnage de Claude ne serait-il pas l'incarnation de Germain jeune ? ou tout au moins de ses fantasmes de jeunesse ?
Qu'en pensez-vous ?

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