"I’d give my life to be dead."

Avis sur Dellamorte Dellamore

Avatar Dey'd Pool
Critique publiée par le

Attention aux nombreux spoilers.

Que dire de ce film sinon qu'il est l'un des plus beaux que j'ai jamais eu l'occasion de voir. Dellamorte Dellamore fait partie de mon top 5 pour une bonne raison : c'est un film magnifique, le genre de métrage que l'on n'oublie pas et qui marque de manière indélébile votre esprit. Rupert Everett et Anna Falchi, secondés par François Hadji-Lazaro, sont parfaits dans leurs rôles respectifs.

Film d'horreur, comédie noire, romance... Les genres se bousculent avec succès, Michele Soavi dosant parfaitement ses scènes gores pour laisser place aux réflexions mélancolique de notre héros, Francesco Dellamorte, le gardien du cimetière de Buffalora, qui évolue dans un monde étrange, où la mort et l'amour s'entremêlent. La thématique du film tourne en effet autour de cet aspect romantique qui lie la Faucheuse au monde des vivants. Non content de retranscrire à l'écran (avec talent) une histoire aussi casse-gueule, Soavi sait également mettre sa mise en scène et ses images au service de son sujet. Explication.

Comme je l'ai dit précédemment, la mort et l'amour sont étroitement liés tout au long du film. Premièrement, on devine que Francesco est destiné à une voie tragique, puisque le nom de sa mère était Dellamorte, ce qui signifie bien sûr "la mort". On a d'ailleurs très peu d'informations sur elle, et les visites que la Faucheuse rend à notre héros ne sont pas au delà de tout soupçon.

L'amour ensuite, qui naît dans un ossuaire, où les deux amants échangent un baiser à travers un drap rouge et un voile noir, entourés de squelettes. Les deux couleurs diamétralement opposés (le rouge pour la passion, le noir pour le trépas) vont ainsi se rencontrer, avant de se rejeter, le noir prenant vite le dessus, symbolisé par un squelette qui arrache les vêtements de la jeune femme. Mais très vite, à l'extérieur, la passion se fait plus fort, et la conclusion est inévitable : les amoureux vont s'unir sur la tombe du défunt mari d'Anna Falchi. Mais ce dernier ne restera pas mort très longtemps... Après la mort tragique de la femme qu'il aimait, Francesco va se trouver face à un dilemme qui aura des incidences sur tout le reste du film : va-t-il tuer la chose qui fut, une semaine auparavant, l'amour de sa vie ? Le coup de feu qui retentit alors fait écho à la scène du baiser, puisque le pauvre homme abattra la revenante sans la regarder, au travers d'un drap blanc.

Si cette première partie est sans doute la meilleure du métrage, la suite reste néanmoins excellente, car Francesco, perdant vite l'esprit, ne fera plus de différence entre les morts-vivants et les vivants morts comme ils les appelle (l'adolescente éplorée qui veut rejoindre son petit-ami dans sa tombe). Et quelques indices nous laissent présager une fin aussi étrange que tragique.

L'inspecteur n'aura de cesse d'ignorer les preuves accusant Francesco des meurtres, rendant évidente la solitude du gardien de cimetière. Il a beau venir en ville toucher son salaire, faire ses courses, les gens l'ignorent ou se moquent de lui. Sa vraie maison, c'est les tombes, les allées boueuses, la minuscule cabane où il dort. D'ailleurs, son assistant Gnaghi, aussi fidèle (il est le seul à savoir que les morts reviennent) que muet (il ne s'exprime que par de petits "Gna"), loge au sous-sol, en dessous de son ami, qui se croit évidemment supérieur à lui (ce qui reste aussi illusoire que le reste, cf la scène du crâne/puzzle) . Pourtant, s'il ne s'en rend pas compte, Francesco n'a que Gnaghi dans la vie, car ses amours successifs sont voués à l'échec. Après avoir abattu la femme qu'il aimait, le jeune homme va en effet rencontrer deux réincarnations de l'amour de sa vie, tour à tour une trompeuse et une catin, deux déceptions successives qui ramènent Francesco encore et encore vers celle qu'il a tué. Alors que, pendant ce temps, Gnaghi tombe amoureux d'une adolescente fraîchement décédée, et décapitée...

L'humour noir est bien plus présent dans ce second tiers, et les scènes gores se succèdent avec réussite. Mais le plus intéressant, c'est que Francesco sera vite lassé de l'amour, de la vie et de la mort. Et c'est ainsi qu'il décide de quitter Buffalora, accompagné par un Gnaghi bouleversé. Ce qui nous mène à un épilogue sublime. Un Francesco hagard se trouve face à un immense précipice, avec un magnifique paysage au loin, inaccessible mais terriblement poétique (et qui rappelle furieusement "Le Voyageur contemplant une mer de nuages" de Friedrich).

C'est à cet endroit que Francesco réalise que le reste du monde n'existe pas, et que sa vie est à Buffalora, sans amour, entouré par les morts, solitaire. Enfin, pas si seul que cela, car il comprend alors que son meilleur ami Gnaghi lui tiendra à jamais compagnie. Cette prise de conscience est alors symbolisée par un bref transfert de personnalité, puisque Francesco répond par un "Gna" à la demande de son ami : «S'il te plaît, ramène moi à la maison».

Une fin bouleversante, mélancolique, inoubliable, pour un film qui l'est tout autant.

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