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Douce Violence par Matrick82

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Critique initialement publiée ici le 23 juillet 2020
A la fois chronique adolescente et conte moral façon Éric Rohmer, Douce Violence suit le parcours d'Olivier, incarné par Christian Pezey, qui doit se décider entre Barbara, la fille moralement acceptable (sous les traits de Vittoria Prada) ou celle qui éveille ses sens, à savoir Elke (jouée par la top-modèle Elke Sommer, dont la mise en retrait par rapport au film précédent de Max Pécas, De quoi tu te mêles, Daniela !, joue en sa faveur, tant seul Blake Edwards et sa suite de la Panthère Rose –L’inspecteur s’emmêle pour les plus étourdis- n’auront su tirer le meilleur parti de la jeune femme et de son jeu approximatif).

Préfigurant avec près de 20 ans d’avance les romans de Bret Easton Ellis dont son fameux Moins que Zéro, tout en suivant l’outsider qu’était Claude Chabrol et son film Les Cousins, Max Pécas dépeint une jeunesse dorée dont les repères moraux sont complètement aux fraises.

Continuant son adaptation des différents thèmes du cinéma d’exploitation déjà utilisé à l’étranger, Max Pécas se confronte ici au genre du « teensploitation » que l’on peut déjà retrouver dans les drive-in américains dès les années 50. Genre qui voudrait dévergonder les films issus du canevas posé par La Fureur de vivre (1955), la teensploitation a à cœur de montrer une jeunesse en perdition de valeurs morales et qui se réfugie dans l’alcool, le sexe et la drogue pour exister.

Largués dans une société qu’ils cherchent encore à comprendre, sans forcément y trouver leur place et surtout, rejetons d’une élite dont ils singent les codes sans en saisir la portée, ces adolescents comptent sur le plaisir des sens pour les confronter à leur réelle personnalité.

Si le film est avant tout un héritier de la Nouvelle Vague, ainsi que celui du film de Claude Chabrol, Les Cousins, présentant une même tentative de perversion de valeurs du nouveau venu dans la bande, le regard posé ici par Max Pécas est peut-être plus manichéen et moins cynique.

Au contraire de Chabrol, Pécas ne se rit pas de cette déshérence dans son film, il s’en désole, et colle au plus près de ses personnages, transmettant au spectateur l’espoir de les voir s’en sortir.

Techniquement, Max Pécas est toujours aussi bien entouré. On reconnaitra Marc Fossard à la direction photo, lui qui avait déjà signé bon nombre d’œuvres pour Julien Duviver (comme Pépé le Moko) et Marcel Carné (dont Quai des brumes ou encore Les enfants du paradis).

Au montage on peut également retrouver Paul Cayatte, frère du réalisateur André Cayatte (Nous sommes tous des assassins, Verdict), et qui montera quelques films de ce dernier dont Le Miroir à deux faces, puis surtout le Borsalino de Jacques Deray, immortalisant le duel tant attendu entre Jean-Paul Belmondo et Alain Delon.

Douce Violence se voit moins rempli d’esbroufes techniques que les précédents essais de Max Pécas.

Ici le réalisateur fait un usage plus sobre des techniques acquises au travers de sa connaissance du travail de ses confrères, et les rend par la même occasion plus efficaces. On pourra également remarquer une écriture plus fine et plus efficace.

Là où De quoi tu te mêles, Daniela ! était plus centré sur ses personnages, malgré une absence regrettable de caractérisation, ici chaque personnage a un enjeu et une psyché bien établie et claire.

Fini les personnages dont le simple but est de devenir un ressort scénaristique, ici ils portent l’intrigue et la définissent, à défaut de subir les actions comme auparavant.

Avec Douce Violence, Max Pécas semble saisir ce qui reviendra par la suite, à savoir un cinéma d’exploitation dont les personnages sont le principal atout et moteur de l’intérêt vers lequel doit se diriger le spectateur. Si quelques tentatives d’aguichage subsistent, elles sont moins nombreuses et visent plus à une immersion dans l’univers du film qu’une quelconque opération commerciale pour attirer le chaland. Même si on peut lui préférer l’opus de Chabrol, Les Cousins, le film de Pécas regorge de qualité que l’on refuse encore à lui soupçonner.

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