Quand le film a été présenté à Cannes, tout le monde parlait du massacre de Columbine. Regarder Elephant pour cela entrainera forcément des déceptions. Le chef d'œuvre de Gus Van Sant est bien plus que cela. Bien entendu, le massacre est présent, à la fin, filmée de telle façon qu'on ne voit quasiment rien. Jamais le cinéaste ne cherche à expliquer ce qui a pu provoquer la tuerie. Ça arrive comme un événement, c'est tout.
Alors, quel est le sujet du film ? Le sujet fétiche de Gus Van Sant, avec lequel il fait ses meilleurs films : l'adolescence. Elephant, c'est le parcours croisé d'une poignée d'adolescents. Et un lycée reste le meilleur endroit pour en filmer.
Il y a celles qui s'obligent à vomir systématiquement leurs repas. Il y a les intellos rejetés par les autres. Il y a ceux qui sont plus matures que leurs parents. Il y a ceux qui sont abandonnés à eux-mêmes avec ma télé ou la console pour seul éducation. Et tout cela se croise et se recroise dans un film qui parvient à créer un univers dense.
La narration que choisit le cinéaste (directement inspirée de celle de Bela Tarr dans Satantango, dix ans plus tôt) consiste à suivre les personnages en de longs plans séquences qui vont se recouper. Ainsi, les mêmes dix minutes vont être filmées sous plusieurs points de vue, créant un réseau temporel qui donne de l'épaisseur au film. Le cinéma échappe à sa linéarité...
Elephant est au centre d'une trilogie, suivi de Last days (inspiré du suicide de Kurt Cobain) et précédé de Gerry. Trois films où le réalisateur se lance dans des expérimentations visuelles parfois impressionnantes. C'est peut-être du cinéma élitiste, mais c'est magnifique !