Guess Who's Coming to Dinner

Avis sur Embrasse-moi, idiot

Avatar Kalopani
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Avec "The Seven Year Itch", il n'avait pas pu aller jusqu'au bout. La censure était belle et bien présente, le code Hays dicta sa loi, la morale devait être saine et sauve ! L'Amérique de l'époque était ainsi, proche de la schizophrénie, tiraillée entre le vice et la vertu, entre un puritanisme de façade et une immoralité inavouée...
C'est suivant cette logique que le cinéma doit respecter la morale, valoriser le mariage et proscrire la vulgarité. Ainsi la simple liaison adultérine de "The Seven Year Itch" ne pouvait être consommée sur grand écran alors qu'elle l'était dans la pièce de théâtre. Il ne va pas sans dire que tout cela relève d'une hypocrisie assez prodigieuse et l'on comprend mieux l'attitude particulièrement revancharde de Wilder perceptible dans "Kiss Me, Stupid !".

Avec ce film, la morale et la bonne société américaine en prennent un sacré coup. Durant deux bonnes heures, Wilder use d'imagination pour parler sexualité et stigmatiser les comportements immoraux de ses congénères, tout en contournant ce fameux code Hays. La mise en scène de Wilder se fait inventive, audacieuse, flirtant sans cesse entre le bon goût et la vulgarité, un peu à la manière de cette société 'ricaine. Les allusions sont parfois finement amenées mais peuvent être aussi lourdement énoncées...Wilder ne fait pas toujours dans la dentelle mais qu'importe car l'efficacité est au rendez-vous, et cette comédie reste toujours aussi savoureuse autant d'années après !

Farce humoristique, gentiment indécente, "Kiss Me, Stupid" nous dresse le portrait d'une Amérique qui n'a rien de très vertueuse ! Si l'on savait les grandes villes contaminées par les excès en tous genres, on ne se doutait pas à quel point la campagne l'était tout autant ! C'est en pleine cambrousse que Wilder nous envoie, dans un bled répondant au doux nom de Climax soit Orgasme...voilà qui annonce bien la couleur ! On y croise une kyrielle de personnages hauts en couleur, losers magnifiques ou blasés résignés, qu'ils soient des bouseux du coin ou des vedettes reconnues, ils sont tous pathétiques, se fourvoyant allègrement dans leur vice plutôt que de tenter d'emprunter des chemins bien plus honorables !

Orville, l'idiot du titre, et son pote Barney, garagiste peu scrupuleux (un pléonasme !), sont des artistes aussi amateurs que ratés. Ils composent des chansons et voudraient bien goûter au succès. L'idée de démarcher des producteurs ne leur vient pas à l'esprit mais le jour où Dino, un chanteur connu pour être un redoutable coureur de jupons, débarque en ville, nos deux compères se disent qu'ils ont enfin l'opportunité de faire connaître leur immense talent. Nos deux zigotos pourraient rencontrer calmement la vedette et expliquer ainsi leur projet ! Oui mais voilà, dans une société pourrie par le vice, l’honnêteté n'est pas un réflexe courant ! C'est donc fort logiquement que nos deux bonshommes échafaudent un plan abracadabrantesque pour pouvoir manipuler Dino : une prostituée prend la place de l'épouse d'Orville dans le simple but de séduire le bellâtre. C'est pervers, c'est fourbe, c'est hypocrite..à l'image de la société.

L'humour devient grinçant et cynique dans l'approche des personnages. Il n'y a pas de jugement ou de remise en cause des comportements, tous vont emprunter des voies immorales pour arriver à leurs fins et semblent les assumer parfaitement ! Les liaisons adultérines ou les mensonges sont reconnus et assumés par les personnages. Le sexe devient ouvertement une arme de persuasion ! Wilder affine brillamment sa critique en plaçant son histoire au sein d'une famille moyenne, des gens bien sous tous rapports qui vont consciencieusement à la messe le dimanche.

La virulence du propos est atténuée par une légèreté assumée et des caricatures volontairement exagérées. Ainsi on rit de bon cœur devant l’autoparodie proposée par Dean Martin et même le jeu parfois exécutif de Ray Walston passe assez bien.
Mais l'atout principal de ce film reste Kim Novak, magnifique dans son rôle de prostituée au grand cœur. La scène où elle écoute Ray interpréter sa chanson au piano est d'un doux romantisme, ils semblent enfin former un vrai couple. Et Wilder de conclure habilement son film en faisant percevoir la réalité des sentiments aux protagonistes de ce jeu de dupe. L'épouse et la prostituée sortent grandies de leur échange de place ; la catin décide de rentrer dans le droit chemin et le couple "officiel" semble avoir ravivé la passion. Les chemins du vice n’empêchent finalement pas le respect de la morale. Voilà une bien belle saillie à l’égare des censeurs et des biens pensants.

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