« Se quitter est un si doux chagrin »

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Qui a dit ça, déjà ? Juliette, il me semble… et elle en savait beaucoup à ce sujet.
Comme il est difficile de quitter un être cher ! Le film s’ouvre sur une rupture déchirante, entre deux jeunes fiancés qui s’aiment passionnément, mais qui doivent se quitter pour quelque temps : lui espère devenir un grand journaliste ; elle doit quitter New York pour continuer ses études. Et puis tout à coup, tous deux décident d’écouter leur cœur : Cicely descend du train, et Chris la demande immédiatement en mariage.

On découvre d’emblée deux personnages qui semblent faits l’un pour l’autre, et où la séduction a déjà opéré. C’est assez rare pour être souligné, car pour une fois, il ne s’agira pas dans ce film de nous montrer la rencontre entre un homme et une femme jusqu’à ce que chacun succombe à l’autre. Non, peu importe ici comment ces deux-là se sont rencontrés et aimés : Next Time We Love est un film sur la difficulté qu’ont tous les couples à survivre aux aléas de la vie.

Récemment, dans le dernier chef-d’œuvre de Damien Chazelle, nous avons pu apprécier le même genre de relation tiraillée entre amour et carrière : quand Cicely et Chris se retrouvent le soir, chacun veut montrer à l’autre ses travaux quotidiens, oubliant peut-être un peu ses sentiments. Tout va bien, au début, car les deux amants vivent dans cette frénésie des premières semaines de vie de couple : tout est beau, merveilleux, chacun est infiniment patient devant l’autre, intéressé par la carrière de l’autre. Elle lui joue ses scènes de théâtre, et il lui fait relire ses articles. Et puis, inévitablement, les choses s’accélèrent et tous deux doivent tracer leur propre chemin, délaissant petit à petit ce qui fait la fierté de l’autre, et devenant de plus en plus exigeants. Et c’est là que les sentiments doivent être solides, quand il faut choisir entre l’amour et la réussite, en essayant de faire au mieux pour concilier les deux. Malheureusement, dans les deux cas, on prend le risque de devenir étranger à l’autre, ne plus le reconnaître – ni même se reconnaître. Alors on prétend que rien n'a changé, même si en réalité tout a changé ; on feint de se comporter comme au début, en sachant que ce n'est qu'hypocrisie et illusion. Mais on espère, on se persuade, car au fond de soi on aime encore. « Ce n’est pas juste une question de carrière, Tommy », confie Cicely au meilleur ami de Chris, lucide quant au futur de sa relation. Et le titre du film prend alors tout son sens : « la prochaine fois, aimons-nous ! ».

Selon moi, la vraie force du film réside dans cette vision dynamique et ambitieuse – au sens le plus valeureux du terme – de la femme. Cicely est une fille raisonnable « Une fille de 21 ans est souvent plus mature qu’un homme de 25 ans », affirme-t-elle. Elle est une jeune fille qui veut réussir, faire des études, se marier en évitant d’être « un fardeau ». « Je trouverai un emploi », dit-elle, sans l’usage d’aucun conditionnel. Elle y parviendra par la force de sa volonté, répétant que c’est justement parce que les femmes ne font rien une fois mariées que les couples ne durent pas. Elle veut être active, mais avant tout méritante. Toutefois, elle n’en demeure pas moins une jeune femme pleine de rêves, et leur ami Tommy le lui rappelle à juste titre : « Cicely, tu es parfois la femme la plus sage que j’aie jamais connue. Et parfois, tu es juste une petite fille aux idées romantiques ».

Un dernier mot sur les acteurs. Margaret Sullavan est tout simplement la plus belle femme que le début du cinéma parlant ait jamais eue : toujours souriante, les yeux pétillants, la voix légèrement éraillée lui donnant un charme à tomber par terre… Cette actrice a tout, et pourrait porter à elle seule le film si James Stewart n’éclaboussait pas chaque scène de son charisme et sa sympathie inégalables. Sans doute l'un des plus grands couples du cinéma, dont l’apogée sera atteinte dans le Rendez-Vous de Lubitsch.

Next Time We Love est donc une totale réussite, et l’une de ces surprises qui embellissent la grisaille de vos samedi après-midi. Si vous avez aimé la vision du couple que La La Land pouvait offrir, vous serez conquis par cette relation à la fois fusionnelle et conflictuelle entre ces êtres à l’ambition débordante, mais surtout, surtout, à l’amour incommensurable. Un amour idéalisé, très certainement, fait de rêves naïfs que la réalité ne permet pas. Lors de la première apparition de Cicely, celle-ci est en train de dormir... et de rêver – douce parabole ! – Et face à la dure réalité de la vie à laquelle Chris et Cicely allaient être confrontés, face aux ravages du temps et de la vie d’artiste, cette phrase anodine prononcée ironiquement par James Stewart au début du film : « Chérie, tu aurais pu rêver un peu plus longtemps », résonne comme la plus tragique des maximes.

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