Dispensables ?

Avis sur Expendables : Unité Spéciale

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J'annonce tout de suite la couleur : il est évident que je surnote ce film. Dans une salle bondée, chauffée à blanc par la présence (fugace) de Stallone, Statham et Lundgren, conquise à l'avance, éruptive et bruyante, l'esprit critique n'est pas tout à fait aussi acéré qu'il le devrait. Et puis allez faire fonctionner correctement un cerveau dans un tel océan de testostérone...

Voilà pour les excuses introductives, passons à présent au coeur du sujet : Zi Expandébeulz, dont le casting monstrueux lui vaut les faveurs d'internet depuis de longs mois et l'attente impatiente de tous ceux bercés dans leur prime jeunesse par les poings d'un Rocky et les balles d'un Rambo (parents : essayez, ça forge le caractère).

Tout d'abord, le pitch du film, qui s'avère légèrement différent de celui affiché sur Sens Critique : point d'agent de la CIA sur les traces de qui que ce soit, point de mort évitée de justesse, point de traitre à démasquer, le scénario est d'une linéarité telle qu'on peut facilement s'endormir une heure sans en perdre le fil. Jugez plutôt : Sylvester Stallone et son équipe de mercenaires se voient proposer une mission de "destitution" d'un général exotique, vont en repérage sur l'ile dudit général, boum boum boum, s'en vont, refusent la mission, culpabilisent, y retournent, boum boum boum boum boum FIN. Ne cherchez pas d'originalité ou d'attrait particulier au scénario, oeuvre de Stallone Sylvester, et principal point faible de ces Expendables. Point faible parce que si la simplicité de l'histoire n'est pas nécessairement un défaut pour ce genre de film, les personnages et les dialogues ne sont pas mieux soignés.

Sans profondeur aucune, les membres de la bande seraient interchangeables s'ils n'étaient pas incarnés par des stéréotypes "stars" : le chinois qui fait du kungfu, le gros noir avec sa mitrailleuse, le catcheur qui fait des Zangief aux ennemis, le saxon bourrin et psychopathe...Servis par des dialogues au mieux incohérents, le plus souvent inexistants hors quelques punchlines mal foutues, ils manquent singulièrement d'épaisseur, et traversent la première heure du film comme des fantômes. Le personnage de J.Statham, clairement mieux servi que ses copains, bénéficie d'un peu plus de background (une lovestory avec CORDELIA de Buffy), de scènes plus nombreuses (avec Stallone notamment) et se voit gratifié des gestes et chorégraphies les plus "spectaculaires" du film (ah, cette baston sur un terrain de basket) au point d'être, finalement, le perso le plus bad-ass du film, mais reste malgré tout relativement evanescent.
Mickey Rourke, en tatoueur rangé des massacres, s'offre quant à lui LA scène "émotion", reposante entre deux fusillades, et probablement le seul moment du film où l'on se rappelle que le métier d'acteur n'est pas qu'un grand concours de lancer de troncs.

Et puis Stallone, bien sûr, archétype du héros des années 80-90, brave, loyal, respecté, peu causant mais écouté, la mâchoire saillante, l'oeil dur et la main ferme, sachant reconnaitre la juste cause à trois kilomètres (c'est facile : elle a souvent des seins plutôt qu'une moustache). Un Stallone qui fait du Stallone, avec le soupçon de fragilité de ses derniers films (Rambo V), mais sans jamais se départir de sa tête de boxer inexpressif, lâchant d'un air égal répliques de cour d'école et rugissements guerriers. Stallone, quoi, difficile de lui en demander plus.

Le tableau des personnages s'achève avec les deux méchants du film : le despote sud-américain et l'agent renégat manipulateur. Le général Tapioca de Tintin est un modèle de nuance à côté du premier, et le second est une telle caricature du méchant-méchant que pas une réplique sortant de sa bouche ne nous surprend : "tuez-le","tuez-la", "c'est moi qui décide", "nous sommes pareils tous les deux" (à l'adresse du héros), on sent qu'il a bien révisé le bréviaire du nemesis James Bondien, jusqu'au sidekick brutal et moustachu qui donnera du fil à retordre à nos héros.

Les dialogues, pour finir, vont du passable au franchement médiocre. Compilation de punchlines plus ou moins à côté de la plaque, ils tombent rarement juste, hors quelques instants de bravoure tels que la confrontation Stallone/Schwarzenneger/Willis, aussi réussie qu'elle était attendue.

Bon. A ce stade de la critique, il est temps de redresser la barre et d'insuffler un peu de positif dans ce qui commence à ressembler à une grosse déception : si vous attendiez un film d'action, pardon, un film d'ACTION, vous ne serez pas trompé sur la marchandise. Ca mitraille, ça casse des nez, des nuques, ça se lance un peu tout et n'importe quoi à la tête, ça se court après, ça roule vite, ça vole bas, ça explose, ça brûle, avec juste ce qu'il faut de n'importe quoi pour faire rire et de premier degré pour nous arracher des applaudissements d'enthousiasme (oui, j'ai applaudi Statham qui brise une nuque d'un coup de pied, ça change un peu de vos loisirs bourgeois, opéra, théatre et que sais-je). Comme le disent avec brio nos amis anglophones : it delivers. La musique est très forte, le montage est rythmé à souhait, et la dernière demie-heure est monstrueuse, au point de rayer momentanément tous les bémols précédemment mentionnés. On sort du film en ayant l'impression que les voitures dans la rue vont exploser, qu'il faudrait se mettre à couvert parce qu'une fusillade dantesque est imminente, et qu'on ne sait pas ce qui nous retient de gratifier d'une clé de bras et d'un lancer de couteau entre les omoplates le mec qui nous pique notre place dans le métro.

A froid (bon, allez : à tiède), le bilan est donc mitigé. Le film est bon sur ses points forts, bourré de clins d'oeil aux petits garçons qui sommeillent en nous et rêvent grosses motos, tatouages, hard-rock et bande de potes qui tabassent des méchants, capable également, par instant, d'un recul amusé sur son acteur/réalisateur/scénariste. Mais fort d'un tel casting et au crépuscule de sa carrière dans l'actioner, on pouvait attendre du grand Sly un film plus ambitieux, plus fin, plus riche, capable de parler à l'adulte d'aujourd'hui plutôt qu'au seul prépubère d'hier.

The Expendables est peut-être la quintessence de nos films d'action de jeunesse, mais jamais le film-somme de l'action 80-90 qu'il pouvait ambitionner d'être, avec un peu plus de nuance et un vrai scénario. Dommage. On pouvait rêver plus grandiose mausolée à la gloire de ce monstre du blockbuster, il faudra se contenter d'un simple poing final.

On en connait qui ont fini plus mal.

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