Jeunesse éternelle

Avis sur Goodbye Berlin

Avatar Jean  Louis
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Film exclusif en France, Tschick est l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Wolfgang Herrndorf, succès critique et public outre-Rhin. L'histoire en quelques mots : deux jeunes Berlinois, Maik et Andrej – dit Tschick – quitte Berlin pour se lancer dans un road-trip avec pour destination la Valachie.

Le film laisse sur un sentiment mitigé : le film est certes fidèle au livre mais certains points de la réalisation ainsi que de l'adaptation laissent quelques peu un goût amer. Fatih Akin a voulu tout d'abord rester fidèle le plus possible au roman de Herrndorf ; le seul couac, à force de vouloir être fidèle à l'original, on le devient trop. Transcrire une scène du livre où Maik réfléchit et le réaliser en mettant un simple champ-contre-champ sur Tschick et une voix-off lourde qui récite au mot près le livre, le rendu en devient extrêmement étrange et frise le ridicule : l'impression que Fatih Akin se parodie lui-même. La littérature et le cinéma sont deux arts proches mais tout de même différents ; ne l'oublions pas.
Fatih Akin a voulu conserver l'esprit du roman : l'innocence, la joie et surtout l'humour. L'ambiance du roman était bien sûr ancrée dans un certain réalisme tout en signifiant bien que cette histoire était par ailleurs impossible. Herrndorf avait rendu cela crédible dans son roman. Lorsque Fatih Akin a voulu retranscrire cette ambiance dans son film, le réalisateur a joué d'artifices, et à force de jouer avec le feu, on se brûle. Résultat : l'ambiance du film n'est plus crédible. Bien sûr, on peut jouer d'artifices ; à l'esprit s'évoque alors Alice dans les villes de Wim Wenders. L'histoire du film de Wenders est bien sûr impossible, mais la réalisation nous y fait croire. On aurait tout aussi pu citer Moonrise Kingdom de Wes Anderson, impossible mais crédible. Bien que l'intention de transcrire fidèlement l'esprit du roman soit très honorable, il aurait fallu s'y prendre d'une façon plus pesée, sachant mieux rythmer les différentes séquences.
Justement, le rythme de ce film est pesé d'une façon originale. Fatih Akin joue parfois de lourdeur : certaines séquences ayant peu d'importance paraissent éternelles au contraire de séquences plus importantes qui gagneraient mieux rythmé. En tête la séquence du passage au milieu du marais ; cette séquence est véritablement le tournant de la fin de l'histoire et à notre grand dam le rythme y est mal agencé. L'étrange impression que le réalisateur voulait se dépêcher de tourner cette séquence, rappelant étrangement, pour le meilleur et pour le pire, la séquence du décès de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises de Christopher Nolan.

Ne crachons pas non plus à outrance sur Fatih Akin ; le réalisateur germano-turc a tenté bien des trucs et astuces sur la réalisation. Tout d'abord, les teintes lumineuses reflètent à merveille l'esprit du film : couleur vive, directement associé au bonheur. Cette prédominance lumineuse qui a pour but de nous mettre dans l'ambiance du feel-good-movie fonctionne. Point positif pour Fatih Akin. Quand on parle de la réalisation, on retiendra notamment les séquences de la piscine et de la famille Friedemann. Lors de la séquence de la famille Friedemann, peut-être a-t-on une tentative de trouver un esprit andersonien : couleur lumineuse et tape-à-l’œil, réalisation très horizontale et des personnages étranges mais attachants. En résulte une séquence plutôt réussi, et qui contrairement à ce que il est affirmé plus haut apparaît vraisemblable. Quant à la séquence de la piscine, elle nous plonge directement dans la tête de Maik ; aucun recours à une voix-off. Les gestes et la réalisation nous suffisent.

Pour dire quelques mots sur la bande sonore, Fatih Akin l’a voulue éclectique, pour qu’ainsi le spectateur puisse s’identifier dans un de ces nombreux thèmes musicaux et par conséquent aux protagonistes – un peu à l’instar de certains films de super-héros récents. Pour certains morceaux cela fonctionne, pour d’autres non; en revanche, la ballade pour Adeline de Richard Clayderman qui sert leitmotiv à l’histoire entre en symbiose avec la démarche du réalisateur.

Tschick est tout d'abord un film qui traite de la famille ainsi que de l'intégration. Les deux protagonistes viennent tous deux de deux systèmes familiaux en échec : la situation familiale de Tschick n'est pas évoquée mais son rappel incessant de la peur du foyer nous en dit long sur sa situation familiale. Maik vient d'une famille au bord de l'implosion : un père qui trompe sa mère avec une fille presque aussi que son fils et une mère alcoolique qui passe ses vacances en cure de désintoxication. Les systèmes familiaux sont au cœur du film. S'en suit également le thème de l'intégration : Tschick, issu d'un milieu défavorisé, est victime de nombreuses remarques. Il s'avère également que Tschick est homosexuel mais ne l'avoue qu'à Maik ; la réalisation montre cette difficulté à l'affirmer : gros plan sur les mains etc … . La critique sociale est efficace.
Ce film est un road-movie et comme dans tout bon road-movie, les plans d'ensemble dominent. Les protagonistes deviennent submergés par l'espace, de la maison de Maik seul maison du quartier aux champs est-allemands, à l’instar des films de son compatriote Wim Wenders. Akin fait parler le décor : le champ de maïs, les éoliennes tout comme le rocher de la scène final deviennent des personnages à part entière de l'histoire. La caméra d’Akin se pose comme elle le fait lorsqu'elle donne la parole à l'un des comédiens. Le film nous peigne un portrait de l'ex-RDA, un territoire bien différent socialement et économiquement de l'ex-RFA. Une autre critique sociale ; le film se porte comme un plaidoyer pour cette Allemagne oubliée et délaissée. Fatih Akin se glisse ici dans le sillage de ces prédécesseurs allemands, de Fassbinder avec ses films critique de la société ouest-allemande post seconde guerre mondiale à Wenders et ses road-movies en passant par Herzog et ses épopées tragiques.

Ce film a donc bien des défauts mais aussi des qualités. Bilan contrasté pour le réalisateur germano-turc.

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