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Se projetant dans un film d’action où tout se joue dans les mouvements, dans une réflexion théorique de la matérialité, dans un état de ramification de synapses cybernétiques inatteignables, Michael Mann absout sa méticulosité formelle de tout contrainte, dans une mise en perspective numérique et cinématographique déjà commencée par Miami Vice. Dans une ère moderne et mondialisée où chacun d’entre nous est un pixel sur un écran infini, où l’urbanisation grandissante arrive à prendre le monopole même des lieux les plus naturels de ce bas monde, l’arme la plus destructrice n’est pas celle que l’on croit. Un clic, le réseau souterrain, et le monde bascule, là où la technologie, telle la « veuve noire », devient une intelligence artificielle sacrifiant l’anonymat humain, même pour les plus grands pirates.

Avec le simple biais d’un clavier et d’un ensemble de codage informatique poussé, un homme, un pirate met le monde en péril. Toutefois, il sera dommage au fil des minutes, de s’apercevoir que ce pirate manquera de volume, le laissant loin de l’opacité volcanique d’une Lisbeth Salander. Là, où la machine nous regarde, comme des pions, l’homme se dépasse lui-même dans sa propre quête à la création. Que reste-il à l’homme dans ces cas-là, si ce n’est l’évacuation d’une torpeur par le biais de la chaleur d’un corps, de la compassion d’un regard, une présence intemporelle. Dans l’émotion humaine iconisée où les grands discours n’ont pas leur place, faite de chaud et de froid, de brutalité et d’expressionnisme naïf, la caméra de Michael Mann détient un regard portraitiste indémodable sur ces protagonistes, une faculté à capter l’invisible.

Malgré son sujet résolument moderne et ses questionnements sur le terrorisme (L’autorité d’un Etat et la roublardise d’un individu fantôme), résonance de la conscience collective à travers le 11 septembre, cette violence qui dépasse toutes les frontières, Hacker n’en reste pas moins un pur métrage « Mannien » tant dans sa virtuosité visuelle marquée par une véritable influence asiatique (un montage rappelant par moments la fougue d’un Time and Tide) que dans sa narration aux thématiques éculées chez le réalisateur, filmant alors par le prisme d’une enquête policière mondiale, la fuite de l’homme dans tout ce qu’il y a de plus charismatique ; la fraternité entre deux hommes aux destins opposés, tout en incorporant dans son récit un amour transit mais indélébile où la fêlure de l’homme reconstruit ses plaies par le biais de la beauté et de la finesse d’une femme.

Derrière ce polar parfois tangible, une course poursuite contre le temps et la virtualité, Michael Mann fait vibrer sa candeur et son audace, de loin inégalables, à travers une efficacité redoutable, un montage ahurissant d’idées (la scène incroyable du vrai faux rendez-vous entre les deux hackers), notamment dans ses quelques scènes de fusillades au réalisme toujours aussi épatant, munie d’une minutie allant de Hong Kong à Jakarta. Si l’on oublie quelques facilités d’écritures fortuites, et le début d’un amour un peu trop prévisible, la magie de Michael Mann se perçoit notamment par sa puissance esthétique qui fait parler autant les codes que les corps, où la complexité de bavardages de spécialistes se catapulte contre la simplicité du comportement humain, presque translucide dans ce miroir HD foudroyant.

Tout comme les faisceaux électriques insaisissables de l’attaque du pirate, les personnages paraissent immatériels où le seul l’impact des balles fait resurgir la dualité de la vie et de mort. Durant ces moments d’apesanteur, d’errance, de plénitude urgente, le monde tel que le présente Michael Mann prend vie devant nos yeux où le moindre détail d’une parcelle de building, d’une virée en bateau, d’une nuit noire, d’une ébullition urbaine se met au diapason pour construire un récit réflexif sur le temps et à l’expérimentation visuel et sonore fascinante.

Velvetman
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