Henry et le gonzo

Avis sur Hardcore Henry

Avatar Velvetman
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Hardcore Henry s’annonçait comme un projet audacieux. Le jeu vidéo qui rencontre le cinéma. Pourquoi pas. Mais autant le premier arrive de plus en plus à s’imprégner des codes de narration et de caractérisation du cinéma, autant ce dernier a encore beaucoup de mal à donner un second souffle à la vocation vidéoludique du monde des gamers. Hardcore Henry, filmé en mode FPS d’un bout à l’autre à la Doom ou Call of Duty, se plante dans toutes ses largeurs et n’arrive jamais à dépasser le stade des promesses. Et devient même un objet régressif, voire ringard.

Hardcore Henry n’a pas inventé cette idée de vouloir retranscrire la vue à la première personne dans l’univers cinématographique : Maniac de Khalfoun ou à moindre mesure Enter the Void de Noé en sont les exemples les plus flagrants. Alors qu’il se réveille dans un laboratoire cybernétique situé en haute sphère, un homme bionique, sans mémoire et muet, va devoir sauver sa femme des griffes d’un super bad guy. Le pitch est simple sur le papier, mais moins efficace dans son résultat.

L’histoire, qu’on se le dise, n’est qu’un prétexte pour allonger un film qui n’aurait dû rester qu’un simple court métrage jouissif alors qu’en long métrage, il n’est qu’une suite de courses, de combats, de sauts périlleux, de gunfights tremblants et souvent mal fagotés. Comme si le monde des Yamakasi s’était mis à la mode du GoPro. Alors oui Hardcore Henry détient un cadrage lisible, et va droit à l’essentiel dans ses pérégrinations. Dans son parcours, il prend les traits d’un jeu de plateforme qui avance niveau par niveau, allant de décors en décors passant du club de strip tease à l’immeuble délabré. Plus le film avance, plus les hommes à combattre sont nombreux et puissants.

A chaque combat, à chaque boss effacé, le personnage d’Henry obtient des indications sur la suite des événements pour aller d’un point A jusqu’à un point B. C’est simple et ça n’a pas forcément l’ambition d’en vouloir autrement. Pour parachever sa quête, Henry sera accompagné d’une sorte de mercenaire qui à chaque fois qu’il meurt, réapparaitra pour de nouveau tenir compagnie à notre héros. Une sorte de running gag potache qui prend le parti pris du monde des vies. Dans le film, comme dans les jeux, plusieurs tentatives sont permises. Même si cette faculté de réincarnation est un élément du scénario qui sera révélé plus tard dans le film.

Malgré toutes ses bonnes intentions, son côté inventif dans ses prises de vue, ses compositions graphiques, ses moments de bravoure qui fonctionnent comme lors decette course poursuite en side car, Hardcore Henry ne s’émeut jamais de son aspect ultra répétitif. En termes de violence, les corps s’empilent les uns sur les autres de façon plus ou moins gore comme lors ce final qui voit une tête coupée dans sa moitié. Certes le spectacle peut paraitre novateur et ne se prive d’aucune barrière dans la graduation de ses étapes, mais atteint ses propres limites. Mais ce qui frappe le plus, malgré cette vue à la première personne et cette violence qui lâche ses coups, Hardcore Henry est peu immersif, peu enclin à faire ressentir les blessures physiques de son hôte. L’objet visuel amusant devient malheureusement lassant.

Là où des films comme les très « beat them all » The Raid ou The Raid 2 arrivent à insérer de vraies idées cinématographiques avec un sens du montage incroyable et témoignent d’une vraie puissance dans leur chorégraphie scénique, Hardcore Henry parait moins limpide dans sa tenue visuelle et s’agence avec moins de fluidité. La vision du protagoniste parait souvent en inadéquation avec les mouvements de son corps. D’ailleurs, le protagoniste et l’empathie autour de lui sont les points noirs du film, surtout quand les violons sont de sortie. Quand le spectacle se fait moins intéressant dans sa frénésie, Hardcore henry est incapable d’émouvoir ni d’asseoir un grain de récit.

Parlant de la robotisation du monde et d’une nouvelle ère d’être humain, Hardcore Henry ne témoigne jamais d’un propos sur l’identité et la dimension de l’être humain dans son mélange mécanique. Sans vouloir attendre une intelligence thématique à la David Cronenberg sur la déviance entre l’homme et la matérialité, Hardcore Henry rate son pari dans son défouloir trop agressif d’anticipation pour fasciner et manque une chance de créer une véritable mythologie. Le final, le combat contre le boss final est le symbole d’un film over the top, qui ne sait pas différencier la générosité à l’écœurement. Trop de combat tue le combat où l’on voit Henry se battre contre une armée conséquente dans une baston parfois illisible et interminable.

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