Un dunk en pleine tête du système

Avis sur High Flying Bird

Avatar Red Arrow
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Comme Steven Soderbergh n'est toujours pas décidé à arrêter de faire joujou avec son IPhone 7, on pouvait légitimement se demander ce que pouvait apporter un tel outil comme plus-value cinématographique dans un film s'intéressant au milieu du basket là où, au contraire, le procédé paraissait se justifier dans "Paranoïa" afin de traduire visuellement l'instabilité mentale de son héroïne.
Dès les premiers instants, le réalisateur répond à nos doutes de la plus belle des manières : aussi fluide qu'immersif, "High Flying Bird" nous plonge instantanément dans l'état d'urgence de son héros, Ray (excellent André Holland), un agent sportif pris dans le tourbillon d'un lock-out paralysant toute l'industrie du basket-ball américain depuis des mois à cause d'un conflit financier entre les représentants des syndicats des joueurs et ceux des propriétaires d'équipes. Totalement concentré sur son sujet et les quelques personnages qui y gravitent, Steven Soderbergh va directement à l'essentiel de son propos dont la densité se suffit en elle-même pour éviter un superflu qui nuirait à son réalisme (la très courte durée du film est d'ailleurs la parfaite traduction de cette approche). Entrecoupé de témoignages forcément forts de vrais joueurs, "High Flying Bird" a, de prime abord, une apparence de film bavard qui pourrait en plus décourager les néophytes à ce milieu sportif mais Steven Soderbergh balaie ce double problème grâce à un ton incisif toujours plus croissant qui ne peut que nous emporter dans son sillage, amateurs de basket ou non. La maîtrise et le calcul dont fait preuve le réalisateur pour faire vivre l'intensité de son discours n'a d'égal que ceux de son personnage principal cherchant à sauver sa tête avec ce qui pourrait être tout simplement le coup de sa vie.
Par les ressorts utilisés, la construction du long-métrage a même quelque chose du film de casse que Soderbergh affectionne tant. Tel un braqueur, Ray va en effet tenter de reprendre des mains des grands patrons fortunés un sport qu'ils ont complètement dénaturé afin de servir leurs intérêts. Même les rôles de femme fatale poursuivant ses propres desseins (une assistante incarnée par Zazie Beetz) et de plus ou moins conscient "pigeon"(une recrue sportive de Ray jouée par Melvin Gregg) sont aussi présents avec quelques autres pour rappeler cette idée de film de casse encore amplifiée par la dernière partie, très maligne, mettant en lumière les intérêts particuliers poursuivis sous couvert de bonnes intentions.
Mais, tout comme le choix de l'objectif d'un IPhone 7 comme caméra, ce ne sont encore là que des instruments dont les contours sont empruntés pour être mis complètement au service de l'engrenage dans lequel nous entraîne le film, celui de la situation devenue impossible d'un sport où les termes autour de l'esclavage trouve un emploi toujours dangereusement contemporain, celui du réveil d'un homme oeuvrant depuis trop longtemps dans les artifices de ses coulisses et prêt à renverser une organisation très bien pensée pour se gaver avant tout de billets verts en retournant contre elle ses propres armes médiatiques (Netflix est d'ailleurs ironiquement l'une d'entre elles) et, surtout, celui habilement élaboré dans le but de dénoncer plus largement un système de castes qui perdure et où les plus aisés s'emparent d'un loisir crée par et pour le peuple pour le vider de sa substance et l'exploiter financièrement avec les pratiques les plus corruptrices dont ils ont évidemment le parfaite contrôle.
À l'image du regard empli à la fois de passion et de révolte d'un personnage lors de l'ultime scène, "High Flying Bird" aura constamment chercher à nous réveiller devant un état des lieux qui ne peut plus durer.

Pour sa première incursion dans le domaine sportif et ses coulisses ignorées du grand public, Steven Soderbergh met donc un joli dunk à la cupidité d'un système nauséabond bien installé et prouve qu'à part quelques exceptions, seuls les grands noms de la mise en scène réussissent finalement toujours leurs coups sur Netflix. On a même désormais envie de lui racheter une batterie de téléphone pour que son prochain film arrive plus vite, c'est dire...

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