Garbage day !

Avis sur Hobo with a Shotgun

Avatar Wykydtron IV
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Comme vous devez le savoir si vous avez suivi l'actualité de Hobo with a shotgun, il s'agissait à l'origine d'un faux trailer réalisé pour participer au concours lancé à la sortie du diptyque « Grindhouse ». On pouvait le remarquer rien qu'en voyant les trois nominés, ces court-métrages s'éloignaient un peu de l'esprit du vrai grindhouse pour partir dans leur propre délire déviant. Le génial « Maiden of death » n'avait pas grand chose du film d'exploitation si ce n'est une soif de démesure, quoique là elle était alimentée par des effets spéciaux sublimes servant à des scènes hallucinées. Hobo with a shotgun collait plus au projet de Tarantino et Rodriguez, à savoir reprendre des thèmes et la folie du cinéma bis des 80's en lui donnant les moyens de concrétiser ses envies les plus démentes. Le court-métrage de Jason Eisener avait aussi pour lien l'image abîmée traversée de traits noirs, mais cet aspect vieillot disparaît totalement de la version longue.
Le réalisateur trouve un autre moyen plus original de rendre son image kitsch, grâce à des couleurs carrément saturées, de la surexposition, des éclairages aux tons exagérés et des flares recherchés. Ca donne un autre style au film, entre amateurisme ancien et contemporain, tout comme les looks purement modernes des protagonistes jeunes contrastent avec l'époque dans laquelle on s'imagine que l'histoire est ancrée, ce qui peut rappeler les réalisations de Lee Demarbre, un autre Canadien à avoir tenté de concilier environnement des années 2000 avec une esthétique grindhouse. Seule la musique peut vraiment rappeler une autre époque, tout en étant compatible aux goûts d'aujourd'hui.
Quoiqu'il en soit, Hobo with a shotgun se distingue car il fait le pont entre le genre qui lui a permis d'exister et les productions de Troma, le résultat présenté pouvant très bien appartenir à cette société de production déjantée.

On pourrait bien croire que Lloyd Kaufman est au commandes tant on croirait voir « Toxic avenger 4 » par moments : du gore à gogo, des filles en bikini topless bien sûr, et une ville sans foi ni loi où tous les excès sont permis, où tout le monde peut tuer n'importe qui aussi bien parmi les ordures que chez les innocents, et tous en prennent pour leur grade : la famille, les enfants, les SDF, les prostituées mineures, il ne manquerait plus que les handicapés pour que le tableau soit complet.
Bien entendu une telle liberté dans les actes de violence implique une absence totale de logique et de crédibilité, puisque tout peut arriver sans que personne ne vienne réprimander les malfaiteurs, n'importe qui pouvant décapiter quelqu'un ou enlever un enfant sans que personne ne réagisse. Et quand un clochard s'arme d'un fusil pour dégommer les criminels en tous genres, il ne gêne pas du tout, au contraire c'est tout naturellement qu'on l'acclame.
La trame n'est bien sûr pas tant développée, en fait si on regarde la progression de l'histoire en dehors des scènes de glorification de la brutalité, ça se résume à un justicier arrivant dans une nouvelle ville et qui tue les petites frappes jusqu'à en arriver au grand méchant qu'il finit par abattre. Rien de plus classique, il y a toujours eu ça, et ça peut rappeler bien des genres différents, du western au vigilante movie. Il n'y a pas à se casser la tête non plus quand on veut se baigner dans une débauche de geysers de sang, et Jesse Eisener préfère évidemment se creuser la cervelle pour inventer de nouvelles façons de mettre en scène la mise à mort, comme avec cette pinata humaine que l'on frappe avec une batte incrustée de rasoirs, ou de nouvelles armes telles que ces géniaux harpons à pendaison.

Cependant, on peut voir dans le choix de l'histoire trop simpliste un exemple de cette volonté de tout salir qui guide le film, y compris le schéma narratif basique et ses moments clés. Le monologue pseudo-attendrissant du Hobo est accompagné d'une musique romantique alors qu'il ne s'agit que de paroles d'un clochard un peu timbré ; le projet de création d'une entreprise qui l'unit avec son amie autour d'un même avenir est clairement sot et minable ; la fausse remise en question du Hobo par « do you think you can solve all the problems in the world with a shotgun » ; et le discours de prise de conscience d'Abby qui parvient à toucher la foule en colère par sa comparaison entre la rue et le foyer est d'une stupidité bien pensée par le scénariste.
Les personnages principaux non plus ne correspondent pas à ce qu'on attendrait de héros classiques, en dehors même de leur statut de SDF et de prostituée. Ils sont plus proches du Toxic avenger que de John McClane, on oublie l'image du surhomme intouchable qui vainc tout le monde en s'en sortant avec quelques égratignures et une ou deux cicatrices tout au plus, les justiciers dans Hobo with a shotgun ne sont pas des idoles sacrées que l'on ne doit jamais abîmer, bien au contraire. Les protagonistes sont découpés, mutilés, marqués à vie, ils sacrifient leur corps pour une cause juste, et il arrive même de croire qu'ils devraient être morts, car le film ne fait aucun compromis, ça torture sévèrement et le son de viande tranchée décuplé participe à faire penser que le pire arrive aux pauvres bougres qui s'opposent au Mal.

Rutger Hauer, que j'ai revu récemment dans la peau du méchant dans Blade runner, a désormais un visage parcheminé parfait pour son rôle de rebut de la société abîmé par une vie de misère, mais par contre il est surprenant de le voir accepter un rôle pareil après avoir côtoyé de grands réalisateurs. C'est tout à son honneur d'accepter de tourner dans un délire pareil, d'accepter de jouer un Hobo qui doit se mettre à genou pour subir son sort, mais qui livre cependant des répliques percutantes à ses « shitlicker » d'ennemis, juste avant de les descendre pour « dormir dans leur carcasse ce soir ».
« A different kind of hero » clamait l'un des posters du premier Toxic avenger. C'est dans ce même état d'esprit que se place Hobo with a shotgun, avec l'idée d'un retour au concept d'anti-héros qui en prend plein la gueule et qui tire sa victoire de sa souffrance extrême.

C'est un film violent, fun, impitoyable, fou, inventif, et je suis content que de nos jours on puisse continuer à réaliser des oeuvres pareilles, surtout que celle-ci prend une certaine ampleur avec un budget conséquent dont on se rend compte avec la star en tête d'affiche et avec les lieux utilisés, car je suis surpris qu'ils aient pu mobiliser des quartiers entiers pour les métamorphoser en gros dépotoirs où la vermine humaine grouille. Cependant, bien que je favorise toujours les films en marge qui font abondamment couler l'hémoglobine, je me demande cette fois si rien que parce qu'un long-métrage repose là-dessus, je n'en viens pas à le surévaluer. Hobo with a shotgun se place dans cette catégorie là, et il ne déçoit pas par rapport à mes attentes au vu des trailers et extraits survoltés, mais je me dit qu'il aurait pu aller plus loin dans son trip, si on le compare à d'autres films similaires, bien que j'encourage vivement que l'on continue sur la même voie à l'avenir.

PS : Vous avez vu, un des journaux a pour texte une news d'un chroniqueur du site "Ain't it cool news" qui parle de Hobo with a shotgun.

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