Pépite négligée

Avis sur Hotel Artemis

Avatar Jofrey La Rosa
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(article précédemment publié sur Les Chroniques de Cliffhanger & Co)

Souvent décrié, le troisième volet d’Iron Man signait pourtant le retour dans les hautes strates d’Hollywood du grand Shane Black, wonderboy béni dès ses premiers scénarios pour Lethal Weapon (L’Arme Fatale) et The Monster Squad en 1987 à The Long Kiss Goodnight (Au revoir à jamais) en 1996. Après un long passage à vide, il revient en 2005 avec le chef d’œuvre Kiss Kiss Bang Bang, sa première réalisation, dans laquelle un autre revenant pointe à nouveau le bout de son nez auparavant coké : un certain Robert Downey Jr. Et c’est ce dernier qui va lui redonner la pareille quelques années plus tard, alors revenu sur le toit du monde, pour lui confier les manettes d’Iron Man 3. Et c’est là que vous allez comprendre cette longue intro. Car le scénariste de génie qu’est Shane Black n’a pas travaillé seul sur ce mastodonte, s’octroyant les services de Drew Pearce en qualité de co-scénariste. Et c’est avec ce Hotel Artemis que Pearce passe à son tour pour la première fois à la réalisation, avec un film en forme d’anomalie dans la production hollywoodienne actuelle. Et une belle anomalie.

Produit en dehors du système des studios, ce film criminel néo-noir a en effet un casting très intéressant : Jodie Foster (dans son premier rôle depuis Elysium en 2013 !), Sterling K. Brown (This Is Us, Black Panther), Charlie Day (Horrible Bosses, Pacific Rim), Sofia Boutella (Kingsman, The Mummy), Jenny Slate (Obvious Child), Zachary Quinto (Star Trek), Brian Tyree Henry (Atlanta), Dave Bautista (Guardians of the Galaxy) et même Jeff Goldblum ! Ça en fait du beau monde pour un premier film. Pour mettre en scène ce scénario de sci-fi soft originale, sorte de mix entre le néo-noir post-Blade Runner et l’actioner en huis clos, Pearce voulait clairement faire dans la retenue, mais avec une attention toute particulière portée sur son esthétique. Et c’est donc ici le chef opérateur Chung Chung-Hoon, connu pour sa collaboration avec Park Chan-Wook, et qui avait signé la lumière de It : Chapter One l’an dernier, qui éclaire le film dans un travail remarquable de refaçonnage des codes du néo-noir, avec de belles couleurs, des volumes et des gros plans soignés. La beauté esthétique du film aide la mise en scène certes classe et sobre, mais un peu statique, de Pearce à élever son niveau, pour donner aux acteurs et au film dans son ensemble le terrain de jeu parfait. Et c’est chose faite, puisque tous les acteurs, tous imparables et impeccables, ont l’air de prendre un plaisir indéniable à cabotiner dans toutes ces élucubrations se déroulant dans cet hôpital/planque pour criminels de Los Angeles, le temps d’une émeute dans un futur pas si lointain. La construction de l’univers est à la fois extrêmement claire et laissant assez de place à des zones d’ombre pour qu’il soit intéressant et intrigant, tant qu’on aurait aimé y voir d’autres histoires s’y dérouler (mais l’échec commercial du film aux US condamne surement de possibles suites).

Le film est également doté d’une superbe BO alternant des morceaux des Mamas & Papas, Neil Young, Father John Misty ou Elyse Weinberg et une composition originale du toujours très inspiré Cliff Martinez, aux synthés classieux et étouffants. Surprenant à bien des égards, c’est donc bien un film profondément réussi auquel on a le droit ici, entre les moments plus émotionnels relatifs au personnage de Foster et les grosses scène de bagarre. Sous ses airs de rien du tout, parfaite anomalie dans une production hollywoodienne morne construite autour de franchises, de tentpoles et de stars du moment, Hotel Artemis apparaît alors comme un film évidemment codé mais original, parfois même percutant et foncièrement actuel, quelque part entre John Wick, Free Fire et Kingsman.

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