Réel onirique

Avis sur Hotel by the River

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Avec Hotel by the River, Hong Sang-soo ne cherche pas à convaincre les spectateurs sceptiques de son cinéma. Le réalisateur semble se complaire dans ce qui ressemble désormais à une recette, ne serait-ce que sur le plan formel. Préparez-vous donc à voir un film court centré sur les dialogues d’une poignée d’acteurs, qui seront filmés de profil dans de longs plans-séquences, et parfois accompagnés d’une seule et unique musique qui reviendra plusieurs fois au cours du film. Le style de Hong Sang-soo étant désormais connu, il s’agira évidemment de revenir sur les particularités de son dernier film, et non sur l’identité artistique du réalisateur.

Hotel by the River a pour personnage principal un vieux poète ayant l’intuition que sa fin est proche, qui donne rendez-vous dans un hôtel à ses deux fils qu’il a perdus de vue. En parallèle, une jeune femme rejoint une amie pour la réconforter après une rupture. Malgré ce postulat de départ très simple, le film surprend par sa quasi-absence d’intrigue. Les personnages ont des histoires claires, mais des objectifs flous. Le poète n’a pas préparé ses retrouvailles avec ses fils, il n’a rien à leur offir ou même à leur dire, et la jeune femme déçue ne souhaite rien d’autre que de se remettre de sa relation. Aucun événement extérieur important ne vient bousculer l’action, et les personnages ne sont pas vraiment moteurs. Là où on s'attendrait à voir les deux groupes se mélanger en début de film et que leur interaction soit au centre de l’histoire, il n’en est rien : les récits se superposent plus qu’ils ne se croisent, malgré l’unité de lieu. Cette curiosité scénaristique trouve son paroxysme lorsque le duo et le trio dînent séparément dans le même restaurant, et que Hong Sang-soo prend un malin plaisir à étirer la scène pour nous faire croire jusqu’au dernier moment que les personnages n’interagiront pas ensemble.

Cette structure inhabituelle est parfaitement justifiée par une ambiance très onirique. Bien plus esthétisé que dans Le jour d’après, le noir et blanc du film trouve sa raison d’être dans de sublimes plans où les personnages se perdent dans le blanc immaculé de la neige, révélateur de leur perdition mentale (ainsi que de celle du spectateur). Les deux jeunes femmes s’endorment et se réveillent à plusieurs reprises, renforçant cette impression d’être à mi-chemin entre le rêve et la réalité. Divers paradoxes viennent renforcer cette impression, comme par exemple la proximité du spectateur avec le personnage principal en début de film par l’intermédiaire d’une voix-off, alors qu’il nous semble inaccessible par la suite. Un poème ouvert à l’interprétation vient introduire la scène finale, précédant une fin cauchemardesque d’une tonalité dramatique sans précédent dans le film. Hotel by the River étonne jusque dans ses dernières minutes, très brusques alors que tout est lent, climax d’une tension inexistante, se déroulant dans un hors champ jusque là inexploité.

En plus de toutes ces étrangetés, le film retrouve toutes les qualités habituelles présentes chez Hong Sang-soo, à savoir des dialogues existentiels ancrés dans la réalité, des performances d’acteur remarquables, et un subtil second degré. Cette fois-ci, l’ensemble est insaisissable, comme si le film était un puzzle dont on ne comprendrait pas quelles en sont les pièces. Délicieusement déroutant.

Site d'origine : Ciné-vrai

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