Something to do with death

Avis sur Il était une fois dans l'Ouest

Avatar Melly
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J’ai l’impression d’avoir redécouvert le Western. Ce n’est pas le genre de films que je préfère je dois avouer, il y en a un ou deux que j’adore, et quelques uns que j’aime bien, mais là je me suis pris un coup de pied au cul.

Un peu comme le chemin de fer arrive dans l’ouest profond et fait le ménage, ce film est venu balayer ma vision monotone des Westerns. Déjà la première chose qui m’a frappé c’est la beauté du film, tout simplement. C’est juste magnifiquement magnifique : L’arrivée de Jill avec ce long travelling qui la suit le long du quai puis s’arrête et s’élève au dessus de la gare pour nous offrir la vue sur la ville en plein essor, sur un air d’opéra (plan qui m’a rappelé Retour vers le futur III, où on voit un plan similaire avec Hill Valley, hé oui j’ai vu la pâle copie avant l’original haha); sa route vers Sweetwater à travers Monument Valley; le relai en plein désert, avec ses mille et une bricoles, où se rencontrent Jill, Cheyenne et bien sûr Harmonica; l’intérieur du train de Morton, très classe; les longues séquences de regards… C’est juste un régal pour les yeux.

Et que dire de nos oreilles? Si dès l’ouverture on a droit à la scène mythique de l’attente à la gare où les seuls sons audibles sont quelques gouttes d’eau et des craquements d’articulations, on est vite rattrapé par le célèbre air d’harmonica. Chacun des quatre personnages principaux a son thème qui lui est associé, comme s’ils étaient les annonceurs de rebondissements. D’ailleurs le film a un côté très opératique, notamment dû à cette musique. Plusieurs fois on peut entendre le thème de cheyenne s’interrompre brusquement lorsque la tension est à son pic, puis reprendre une fois que c’est passé. Musique superbe de Morricone donc, mais là je n’apprends rien à personne évidemment.

Et puis les personnages sont tellement géniaux. Frank le cruel salaud, qui voit sa race d’hommes disparaître au profit des hommes d’affaires; Cheyenne, le bandit romantique; Jill, une femme faite pour l’amour, charnel et maternel; et enfin Harmonica, le héros vengeur qui sait jouer mais aussi bougrement bien tirer.
Ce qui fait de ce film un chef d’œuvre, c’est qu’il véhicule aussi des thèmes universels qui dépassent son cadre, celui de la transition entre deux ères, de la mort et de la renaissance.

La mort est incarnée par les hommes, certains la provoquent, d'autres la subissent. Mais celle à laquelle ils n'échapent pas c'est la mort de leur monde, celui des cowboys solitaires, des bandits impitoyables. Harmonica est l'annonciateur de la mort, quand son thème commence on peut être sûr que ça pas tarder à tomber et qu'on risque d'entendre "that strange sound" comme dit Jill. Il s'immisce tout doucement dans les plans, c'est presque une danse.

J'ai un petit faible pour Cheyenne. Il n'a pas l'air très malsain pour un bandit. On a plutôt l'impression qu'il est perdu, toujours à demander du café à Jill et à lui raconter ses histoires sur sa mère. Il voit en elle une amante à qui on peut "pincer les fesses" et en même temps il y voit une figure maternelle, une source d'eau.

Morton et Jill sont les annonciateurs du changement, sauf que l’un le construit avec l’argent et l’autre avec l’amour. Jill représente la vie, l'avenir de l'ouest, elle ne devient pas la mère de la famille McBain mais d’une plus grande, celle de la ville. Son personnage est à la fois la putain et la mère, ce qui sont ordinairement dans les westerns, deux personnages de femmes bien distincts, à l'image de 'La chevauchée fantastique', où les deux s'opposent. Je dois dire que d’avoir mis un personnage féminin aussi intéressant pour contrebalancer les trois caractères masculins est un coup de maître et une des raisons pour lesquelles j’aime tant le film. C’est aussi en partie pour cela que j’adore 'Rio Bravo'. Un western c’est toujours mieux quand les femmes y ont des rôles pivots, ça ajoute un peu de piquant aux péripéties.

Que dire d’autre à part que j’ai dû avoir une connexion cosmique avec le film. Il aurait pu durer 100 ans. C’était juste épique.

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