La vie n'est qu'une plaie ouverte

Avis sur Incendies

Avatar Lucas MARTIN
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Après avoir été émerveillé par le superbe thriller Prisoners, et mis mes neurones en vrac devant le film labyrinthe Enemy, j'ai décidé de regarder le film qui a précédé ces deux œuvres : Incendies. Ce film n'a rien à voir avec un enlèvement d'enfant ou une énigme cinématographique, et nous montre à quel point Denis Villeneuve peut être à l'aise avec différents genre. Mais de quoi parle ce film alors ? Voici le synopsis : à la lecture du testament de leur mère, les jumeaux Jeanne et Simon, âgés d'une trentaine d'année, se voient remettre deux lettres, une pour leur père qu'ils n'ont jamais connu, et une pour un frère dont ils ignoraient l'existence. Si Simon refuse de rechercher ces deux parents, Jeanne s'envole pour le Moyen-Orient, pays d'origine de sa mère, en quête de réponse. Elle découvrira alors diverses explications par rapport au mutisme de sa mère et sur ses origines, à elle et son frère.

J'ai bien aimé ce film, même si je ne l'ai pas trouvé au niveau de ceux que j'ai cité précédemment. Je ne vais cependant pas faire de comparaisons, les univers étant trop différent. Je vais commencer par la musique, quasi inexistante : elle est seulement présente au début du film, avec une chanson de style pop/rock, qui commence lentement juste à la voix et à la guitare, puis qui prend un rythme plus intense lorsque la caméra se fixe sur le visage d'un enfant soldat, qui se fait raser la tête. Ce style provoque un décalage entre l'image et la musique, même si la voix assez mélancolique reflète bien les pensées de l'enfant. Après, on entend seulement diverses sons, allant des cigales au tirs d'AK447 en passant par les sons de la ville.

La réalisation profite d'une bonne photographie, même si je n'ai noté que peu de mouvements de caméra. Les images du Moyen-Orient sont superbes, et le cadre ne nous en montre jamais trop : la souffrance, morale ou physique étant très présente durant ce film, le réalisateur a su doser ce qu'il pouvait nous montrer pour qu'on comprenne la douleur des personnages, pour qu'on s'indigne sans non plus être choqué. Je vais prendre deux exemples, et je vais mettre une zone spoiler au cas où :

ATTENTION, VOUS ENTREZ EN ZONE SPOILER

Tout d'abord, prenons l'exemple de l'embuscade du bus : après que les extrémistes chrétiens aient tirés sur le bus, Nawal en sort avec une fille et sa mère de confession musulmane. Elle réussit a sauver la gamine mais la mère se fait brûler. La gamine court alors en pleurant vers le bus et un extrémiste l'abat. Si on nous montre par un plan large le terroriste tirer sur l'enfant, on a pas le droit à un gros plan putassier sur son cadavre, pour choquer le spectateur encore plus. On en voit assez, juste ce qu'il faut.
Ensuite, lorsque Nawal est en prison et qu'elle subit la torture et le viol par un gardien. On voit le gardien lui tourner autour alors qu'elle est assise sur une chaise, silencieuse. Cut. On voit l'homme sortir sa veste à la main en l'insultant. Cut. On voit Nawal par terre, le pantalon à moitié baissé. Comme pour la scène de l'enfant, on voit juste ce qu'il faut : on a compris que Nawal s'est faite violer, et on voit sa douleur par ses yeux, sans avoir assisté à la scène. Donc je trouve qu'il y a un vrai dosage de la souffrance, qui est un vrai point fort du film.

FIN DE LA ZONE SPOILER

Ensuite vient ce qui est pour moi le défaut du film, son écriture. Un seul problème : les longueurs. J'avoue avoir senti les deux heures du film, ce qui est dommage, car à cause de ça, je me suis déconcentré à certains moments et je n'ai pas pu ressentir les émotions que l'on veut nous transmettre. Cependant, la narration est vraiment bonne, alternant entre présent et recherche de Jeanne, et passé et vie de Nawal, ce qui donne différentes informations au spectateur sans tout lui dévoiler. La morale est aussi extrêmement belle (les rageux diront "cliché"), et pourra tirer des larmes aux plus sensibles d'entre vous.

Les acteurs sont tous très bons, et transmettent bien les émotions, surtout Maxim Gaudette qui interprète Simon, dont on sent la tristesse de la perte d'un proche. Le seul problème que j'ai eu, c'est leur accent québécois, car j'avais du mal à comprendre certaines phrases (c'est vraiment un très léger détail). Après, je vais pas continuer à taper sur des détails, c'est un très bon film que je vous recommande.

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