Miyavi a coupé ses beaux cheveux multicolores pour casser du soldat ricain.

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Très belle surprise de ce début d'année, j'ai passé le film à me demander si Angelina lisait mes pensées et connaissait mes désirs profonds. Ou sinon elle a les mêmes goûts que moi, j'en sais rien, mais parfois c'était à la limite du fan service, dans un sens. Ce qui était loin d'être désagréable.

D'abord, un film de guerre - dans le Pacifique en plus, la guerre américano-japonaise est une de celles que je préfère voir à l'écran. La seule bataille est au début, puisque le pauvre Louie n'aura pas l'occasion de mitrailler du Jap bien longtemps, à cause d'un crash. Ensuite il se retrouve à flotter avec ses copains pendant une quarantaine de jours en mer, puis est fait prisonnier par l'armée nippone pendant une bonne partie du film. Tout ce moment m'a rappelé Furyo, notamment la relation ambiguë entre Louie et Watanabe. Comme Furyo fait partie de mes films préférés, je ne vais pas me plaindre. Plus généralement, je trouve le côté film de guerre plutôt réussi. La scène d'ouverture dans l'avion est classique mais agréable à regarder, et l'immersion dans les deux camps de prisonniers de guerre est bien menée. Le rythme du film est assez étrange. On commence en fanfare avec un combat aérien, puis une pause avec le passé du héros, puis le long passage en mer et enfin le camp de prisonniers qui est en quelque sorte doublé, parce que quand le jeune homme pense en sortir une première fois, il n'est que transféré dans un autre camp. Mais j'ai trouvé l'effet de ce mélange de tons assez intéressant. Le personnage principal prend la figure d'un Ulysse qui tombe de Charybde en Scylla, pris dans une Odyssée qui l'éloigne de plus en plus de chez lui. Cela donne un petit côté mythique à l'histoire.

Ensuite un film sur un sportif. C'est mon dada en ce moment. Du coup, la thématique du dépassement de soi sous-tend chaque moment du film, ce qui lui permet de conserver une certaine tension même dans les moments les plus calmes comme sur le bateau de sauvetage. L'histoire de Louie est parfaite, le petit rebelle qui finit athlète olympique, on a le prototype du héros d'anime de sport, c'est parfait. Sauf qu'ici il est projeté en pleine guerre et on assiste à la dégradation de son état physique pendant tout le film, non sans douleur. Cet aspect du film est assez terrible. D'ailleurs, je salue la prestation des acteurs qui subissent des transformations assez radicales (notamment celui de Phil qui a certainement perdu BEAUCOUP TROP de poids pour ce film).

Parlons maintenant des acteurs. Ou plutôt du casting de rêve. Jack O'Connel est très bon, je ne reviendrai pas là-dessus parce que cela me semble assez évident et incontestable. En revanche Miyavi. MIYAVI. PARLONS DE MIYAVI. Franchement, si vous connaissez le Miyavi chanteur (c'est-à-dire si vous avez eu votre sombre période J-rock et Visual comme moi il y a déjà quelques années), allez voir le film juste pour lui. Il est méconnaissable. Exit le petit con d'Ore-sama (oui, en tant que fan de Miyavi, j'ai vu ce navet), on découvre un magnifique - vraiment magnifique - soldat japonais un peu psychopathe sur les bords mais tout à fait fascinant. Franchement, Miyavi, je m'excuse pour toutes ces années où j'ai pensé que tu étais un mauvais acteur. En même temps, il excelle dans le rôle du fils de riche un peu dérangé. Bref, il vaut le détour. J'ai aussi eu le plaisir de tomber sur le beau Garrett Hedlund en senpai adorable. Pour le reste du casting, aucune fausse note. J'ai déjà parlé de Phil, dont l'acteur s'appelle Domhnall Gleeson. Je ne le connaissais pas mais je crois que je vais me pencher un peu plus sur son cas.

Bon, maintenant, passons à ce que j'ai préféré, à mon petit péché mignon, à la raison pour laquelle je dis "MERCI" à Angelina parce que je sais qu'elle sait ce qu'elle a fait et qu'elle l'a fait exprès. Hihi. Je parle bien sûr des relations entre les personnages.
- La relation entre les deux frères est très touchante.
- Les quarante jours sur le bateau de sauvetage. Hum. Je me suis quand même demandée comment ils n'avaient pas fini par s'arracher la tronche, rien que ça, c'est beau. Mais en plus ils s'occupent les uns des autres, ils se soutiennent moralement, ils se dorment dessus, bref, de la belle amitié-bromance.
- Mais la palme de la relation ambiguë revient à Watanabe/Louie (Miyavi et O'Connell). On sent bien que Watanabe est fasciné par Louie, il dit avoir reconnu chez lui (Louie/lui, je ris) un égal, en tout cas du point de vue de la force de caractère. Ils auraient pu être nakama dans d'autres circonstances - voir plus héhé - mais la vie en a décidé autrement. Leurs interactions sont souvent - toujours ? - violentes, de véritables épreuves de force de plus en plus cruelles, jusqu'au climax de la scène de la poutre. Je ne parlerai pas de la symbolique de cette scène pendant laquelle Watanabe demande à Louie de soulever une grosse poutre devant lui et de tenir le plus longtemps possible, mais il y aurait BEAUCOUP de choses à dire. En revanche, je vais dire une connerie qui au moins j'espère vous fera rire. J'ai pensé au dessin animé Spirit en les voyant tous les deux. Louie c'est Spirit (le plus beau des poneys) qui est arraché à sa terre et reste unbroken malgré tout ce qu'on lui fait subir, et Watanabe c'est le cow-boy qui essaye de dompter Spirit. Sérieux, le parallèle est tentant, revoyez Spirit.
Quand Louie-l'étalon-des-plaines-d'Amérique pense enfin être débarrassé de son tortionnaire, le destin les réunit de nouveau (je n'ai pas encore vérifié, mais je me demande si c'est ce qui s'est vraiment passé, puisque le film est inspiré d'une histoire vraie. Si c'est le cas, c'est vraiment pas de chance.). L'ironie de ce moment est puissante, le pauvre Louie en tombe à moitié dans les pommes. Autre moment fort, quand Louie se rend, après la victoire des Alliés, dans la chambre de Watanabe et que celui-ci a déjà pris la poudre d'escampette. Louie s'assoit contre le mur, à côté du bâton en bambou qui lui en a fait voir de toutes les couleurs et contemple une photo de shota-Watanabe avec son papa. Syndrôme de Stockholm, quand tu nous tiens. Haha. No rage.

Bref, un film sans fausses notes pour moi. Nous avons bien sûr le droit à la fin au traditionnel "que sont-ils devenus ?" des films de guerre inspirés d'une histoire vraie. Cela me donne l'occasion de revenir sur l'histoire de Louie en elle-même. Je ne sais pas à quel point elle a été romancée dans le film, mais sacrée histoire s'il en est. J'ai même versé ma petite larme habituelle post film de guerre en voyant papy Louie courir à Tokyo en faisant des grands sourires aux Japonais.

J'ai mis 8 et pas plus simplement parce que le film n'est pas une grosse claque. Il ne prend pas énormément de risques, il ne s'impose pas comme un nouveau modèle du film de guerre et préfère se reposer sur ses prédécesseurs pour assurer le coup. Mais c'est compréhensible, la réalisatrice n'en est qu'à ses premiers pas derrière la caméra, après tout. En tout cas, le film m'a complètement convaincue, et j'irai le revoir avec plaisir.

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