Nous créons nos propres démons

Avis sur Joker

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Arthur Fleck tente de survivre dans la ville de Gotham. Motivé par son rêve de devenir humoriste et d'apporter un peu de joie dans ce monde cruel, il est pourtant méprisé et violenté par une société gangrenée par le crime et la haine. C'est la naissance du Joker.

FUCK Society

Nous voici donc à Gotham dans les années 80, la même ville qui verra un justicier du nom de Batman s’élever contre le crime et inspirer la peur à tous les criminels. Pourtant, le film narre son histoire en mettant les éléments de l'univers DC Comics entre parenthèses afin d'insérer le personnage du Joker dans un monde réaliste. Capable de faire ressentir une certaine empathie à l'égard du célèbre super-vilain, le film nous raconte d'abord le parcours d'un homme qui tente péniblement de se faire une place dans la société tout en subissant une violence accrue autant physique que morale. Difficile alors de ne pas se sentir concerné par sa détresse et sa descente progressive vers la folie.

Ce monde pourtant fictif dépeint le nôtre, celui absorbé par le consumérisme, celui ancré dans la violence, celui évoluant dans l'indifférence la plus totale de l'autre. Une société crasse où la violence devient un jeu et où la solidarité envers son prochain est un concept oublié de tous. Joker est un film avec ses revendications sociétales bien à lui, c'est une œuvre qui prend le parti de ceux que l'on souhaite oublier, de ceux que l'on ignore, et de ceux que l'on abandonne. Mais c'est aussi une œuvre qui dénonce les rouages essentiels d'une société malveillante et agressive qui engendre ses propres démons.

Parce qu’il est difficile de ne pas y voir une critique de notre système actuel, Joker provoque une polémique dont je cherche encore la logique. Tandis que les films de super-héros d'aujourd'hui se contentent d'être niais et d'empêcher toute réflexion, Joker pousse au contraire le spectateur à réfléchir et à remettre en question sa vision du monde. Afin de justifier cette polémique encore faudrait-il prouver que Joker est un danger parce qu'il fait réfléchir. Puisqu'à mon sens, la carte de la violence revient à ne parler que d'un fragment du film.

That’s Life

Le Joker n'est pas encore le génie du mal que l'on connait, mais un personnage tourmenté de plus en plus instable et donc de plus en plus psychotique. Sa descente vers la folie est parfaitement développée à travers de nombreuses séquences mémorables tant dans le sens du rythme et de la narration. Certaines donnent une leçon de mise en scène puisqu'elles apportent une réelle tension permise par le découpage, les jeux de lumières, ainsi qu'une musique très imposante qui accompagnent parfaitement les scènes violentes.

Bien sûr, si l'on parle de maitrise comment ne pas parler de la prestation incroyable de Joaquin Phoenix. Pour incarner le super-vilain emblématique de DC Comics, l'acteur a assumé jusqu'au bout le prix exigé pour le privilège du rôle. D'abord une performance physique où Joaquin Phoenix sacrifie de sa personne pour offrir le résultat d'une maigreur flippante et dérangeante, entrant en contradiction avec les motivations d'Arthur Fleck qui souhaite à la fois le contact humain mais le repousse par son apparence physique. Puis un rire, le rire iconique du Joker, qui saisie une explication logique sous couvert du handicap afin d'accentuer plus encore la détresse dans laquelle le personnage se trouve dans son rapport avec l'autre.

Si la comparaison avec Heath Ledger dans The Dark Knight semble inévitable, à mon sens elle est sans intérêt tant les deux versions racontent quelque chose de différent. Joaquin Phoenix incarne d'abord un homme qui n'est pas foncièrement mauvais, mais qui le devient ensuite à cause de la morale défaillante des habitants de Gotham. Cette volonté de présenter un anonyme qui subit la malveillance plutôt que d'en être l'auteur demande à Joaquin Phoenix de faire naître une empathie chez le spectateur avant de la faire évoluer en un sentiment de terreur. Une expérience psychologique intense qui permet de nous montrer qu'au final, nous créons nos propres démons.

Smile :(

En conclusion, Joker est très critiqué et méprisé à cause de sa violence capable apparemment d'inciter à la rébellion. Pourtant, le cinéma ne fait pas que des films de bisounours. Il fait rire, pleurer, parfois choque, mais toujours pour le plus grand plaisir des spectateurs qui cherchent à vivre des expériences intenses et mémorables.

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