Thurman dépote

Avis sur Kill Bill : Volume 1

Avatar La-Li-Lu-Le-Lo
Critique publiée par le

Elle est la fille du feu et de l’eau, l’ange aux yeux bleus que la flamboyante tenue jaune qu’elle arbore rend dur à déchiffrer. Du tiraillement de son gros orteil à la sanglante bataille finale, rien ne lui résistera. Infernale machine à tuer, elle est lancée dans une vendetta qui ne s’arrêtera qu’une fois ce salaud six pieds sous terre. Aujourd’hui le ciel est gris, demain il sera larmoyant alors vivement hier où il était si clair et prometteur.

Paradoxalement, c’est intimiste le premier mot qui vient à l’esprit en pensant à Kill Bill. Car si QT ne déroge pas à son style inimitable cette oeuvre révèle une sensibilité que l’on ne lui connaissait pas. Tout d’abord, le choix du personnage principal : une femme. Choix qui peut paraitre anodin mais, à l’instar d’un autre boucher de génie et de son Lady Vengeance, QT offre à la sublime Uma Thurman le rôle de la faucheuse pour notre plus grand plaisir. Et au delà d’une simple histoire de vengeance, il plonge dans la mécanique du sentiment, en coupant des têtes et des bras certes, mais il entre dans le coeur du spectateur avec beaucoup d’intelligence dans son approche. Posant les bases d'un récit aux allures d'une simple vendetta, QT dissémine des indices quant à la véritable thématique du film. Une thématique qui apparaitra au grand jour dans le volume 2 mais que la fin de ce premier opus laisse entrevoir.

La structure non-linéaire offre un voyage vengeur qui puise une richesse thématique de par ses multiples influences. De Bruce Lee, en passant par Sergio Leone et en n’oubliant pas l’influence du cinéma HongKongais, Tarantino agence ses références pour produire une oeuvre qui techniquement relève du prodige. Le sommet narratif et technique étant indéniablement cette bataille finale qui se démarque des combats précédents de part son esthétique flamboyante et sa démesure visuelle qui fait place aux membres découpés et au geyser sanglants. C’est baignée par un sang qui macule son visage, et qui n’est pas sans rappeler une certaine Daisy Domergue, que tel un démon Uma se défait avec une force surhumaine de ses opposants allant jusqu’à voler par moment et à soulever ses opposants à la seule force de ses bras. L’alternance entre le noir et blanc permet une parenthèse Tarantinesque au récit, une alternance qui se lit aussi dans le tempo du combat. En effet, comment ne pas lire au son de la B.O une référence au western d’un certain Sergio Leone, une référence qui va plus loin avec cette série de mini-duels qui sonne comme un prélude au ballet sanglant annoncé en début de film. De même le combat avec O-Ren tranche par son aspect dramatique amplifié par le décor enneigé dont la blancheur angélique contraste avec la violence du combat qui a lieu. On notera d’ailleurs la sobriété visuelle de ce dernier combat qui ne fait pas dans l’effusion ancrant cette bataille dans un sérieux qui ramène au premier combat du film. On devine alors que le combat contre les cinq est empreint d'une forme de sérieux qui pousse le spectateur à l'interrogation : et si le film allait nous offrir plus que ce qu'il laisse transparaître pour le moment ?

Allant jusqu’à dénier à Bill tout apparition physique, le faisant passer pour une entité supérieure qui terrorise par la simple évocation de son nom, QT nous offre avec ce premier volet l’amorce de son oeuvre la plus personnelle, une Lady Vengeance qui ne cessera pas de nous surprendre jusqu'au dénouement poignant que l'on connait.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1526 fois
36 apprécient

La-Li-Lu-Le-Lo a ajouté ce film à 6 listes Kill Bill : Volume 1

Autres actions de La-Li-Lu-Le-Lo Kill Bill : Volume 1