Double programmation de films d'Eli Roth au festival de Deauville 2015 (Green Inferno et Knock Knock) dont le cinéma cherche la pénétration violente, jusqu'aux tréfonds du vice humain. Le vice voyeuriste, le vice d'orgueil, le vice d'image. Les deux films se renvoient la balle, et partent tous deux du principe d'image honteuse : l'image pour dissuader, pour punir, pour déstabiliser. A différents degrés de sadisme, la leçon tourne à la farce et au ludique. Knock Knock à ce sujet rappelle Funny Games, de Haneke. Et c'est là que le bas blesse. Là où Haneke parvenait à distiller le malaise par la force de la composition de son cadre et de sa direction d'acteurs, Eli Roth parvient à peine à semer le trouble. Sombrant dans la désespérante vulgarité, la pénétration à laquelle sa camera aspire (et c'est le premier plan du film, répété plusieurs fois, où la caméra furète dans la maison pour pénétrer son coeur), reste superficielle. A l'image de la scène centrale où les filles saccagent la maison et poignardent les murs et fauteuils, sur un faux rythme de bande annonce décalée et joyeuse, là où le ton aurait du/pu rester sombre.
Et pourtant, c'est en le comparant à ses illustres aînés du genre (pèle mêle : La Nuit du Chasseur, Liaison Fatale, No Country For Old Men, Funny Games) que le film génère un intérêt; celui de démontrer brillamment comment un cinéaste peut appauvrir par une mise en scène rigide et épurée le génie des oeuvres précédentes dont le charme reposait justement sur les hésitations et les longueurs. Knock Knock, c'est le conventionnel à l'état brut, la narration rectiligne et sans frioritures là où la marginalité et la féérie s'imposaient.
Que reste-il alors? La tentative désespérée de Keanu Reeves de sauver le projet lors de son gros plan de 10 min dans lequel est inséré sa tirade sur l'homme-faible-desolé-et-juste-humain qui hurle pour sauver sa cause et sa vie. Ou alors le constat qu'Eli Roth ne signe là qu'un pauvre thriller démodé dont le sujet et les thèmes ont été épuisés depuis les années 80, malgré la tentative maladroite et lourdingue d'une morale sur la famille, les médias et les réseaux sociaux. Alors que Deauville reste la vitrine du cinéma américain en France, force est de constater que l'année commence vraiment en beauté.