"Kyoto", de Noboru Nakamura : miroir de l'idendité

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Noboru Nakamura. Un cinéaste japonais parfaitement inconnu sous nos latitudes, que la MCJP s'emploie à nous faire découvrir. A la vision de "Kyoto", adapté du roman de Yasunari Kawabata, le pari est déjà gagné. Si le film de Nakamura semble loin de la nouvelle vague japonaise, magistralement emmené par Oshima, loin aussi de la cruauté retorse d'un Yasuzo Masumura, le film emprunte la délicatesse d'un Naruse dernière manière, en teintant cette aura suave d'une discrète touche de tristesse ou de mélancolie.

Le principal intérêt de "Kyoto" repose sur le fait que Chieko et Naeko, les deux sœurs jumelles séparées à la naissance et qui se retrouvent par hasard adultes, sont jouées par la même actrice, Shima Iwashita. Si elle fait merveille dans ce double rôle, ce n'est pas particulièrement lié au fait d'incarner deux femmes de milieux sociaux différents, irréconciliables (au fond, ne serait-ce que par la manière de plus en plus élégante qu'a Naeko de s'habiller, cette différence tend à s'effacer), mais par le trouble de l'occupation du plan, qui donne vraiment l'impression que ce sont deux actrices à part entière qui jouent.

En effet là où on aurait pu s'attendre à un banal champ-contrechamp pour représenter les dialogues entre les deux sœurs, bien des séquences les présentent dans le même plan. Cette présence commune est faite avec une belle fluidité, sans artificialité (jaillissent alors quelques souvenirs du "Faux semblants" de Cronenberg).

Tout cela ne serait qu(un délicat effet spécial si la question de la gémellité ne débouchait pas, comme dans tout bon film japonais qui se respecte, sur le thème du fantôme. Quand Chieko pousse littéralement le tisserand amoureux d'elle dans les bras de sa sœur (son refus à elle étant lié à la différence d'appartenance sociale), cette dernière n'envisage cette relation que par rapport à cette ressemblance. Naeko se représente alors comme un spectre, à l'identité incertaine, qui ne peut exister que parce qu'elle est le double de Chieko.

A cet égard, Chieko est littéralement une femme qui se dote d'une enveloppe corporelle par les vêtements qu'elle porte. C'est elle qui finit par revêtir un obi (ceinture qui sert à fermer les kimonos) que le tisserand destinait à Chieko. La ceinture, dans le film, sert à relier les deux mondes, celui de la ville marchande auquel appartient Chieko, à celui de la montagne, lieu d'élection de Naeko. Les cyprès dessinés sur le obi, admiré par une femme sur le passage de Naeko, en sont l’ultime symbole synthétique.

La narration de "Kyoto" est par ailleurs traversée par quelques élans documentaires, avec une voix-off explicative. On assiste ainsi à la présentation de quelques fêtes, dont le Jidaï Matsuri, l'un des plus fameux, mais filmé par Nakamura avec une banalité voulue, comme si la représentation visuelle du défilé découlait de la vision d'un simple spectateur se frayant péniblement un chemin à travers la masse des spectateurs.

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