Le silence d'Agnelet

Avis sur L'Homme qu'on aimait trop

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C'est la deuxième fois, en peu de temps, que Téchiné adapte un fait divers (après La fille du RER). Le procédé est risqué, et la mention "adapté d'un fait réel" me fait de plus en plus peur.
Le film commence par la rencontre de Maurice Agnelet et d'Agnés Le Roux. Elle revient de l'étranger et sort d'un divorce. Lui est l'avocat de la mère, Renée Le Roux, qui s'occupe d'un casino sur la Côte d'Azur. Il a l'air d'être l'employé modèle, élégant, dévoué, connaissant ses affaires.
Agnès veut à tout prix rester en dehors des affaires du casino de sa mère. Or, le casino va mal. Un groupe mafieux fait des manœuvres pour pouvoir s'en emparer.
Dans une première partie, le film va alterner portrait des personnages, descriptions des liens qui les unissent (ou les désunissent, même) et ces scènes quasiment politiques concernant la prise de pouvoir du casino. Ce maillage serré donne un rythme rapide au film. La première heure passe à grande vitesse.
D'autant plus que l'on retrouve le thème favori du cinéaste, celui des relations familiales.

La deuxième partie va se centrer sur le couple Maurice-Agnès. C'est, là, moins réussi. On a plus de mal à comprendre l'évolution des personnages, comment Agnès va devenir cette dépressive suicidaire et comment Maurice va laisser libre cours à ses penchants manipulateurs. Leur relation devient plus caricaturale et Téchiné, à force de vouloir faire dans l'elliptique, donne l'impression de bâcler cette partie.
Les défauts du projet deviennent plus évidents. En particulier l'interprétation. Si Deneuve semble revivre en retrouvant le réalisateur de Ma Saison Préférée et nous livre une interprétation remarquable, on ne peut pas en dire autant de Canet. Je ne fais pourtant pas partie des réfractaires à l'acteur-réalisateur, mais là, c'est franchement pas terrible.
La pire, c'est Adèle Haenel, l'actrice qui tient le rôle d'Agnès. sa froideur, sa façon de jouer la dépressive permanente m'ont constamment maintenu éloigné du personnage.

Et la troisième et dernière partie ? Il m'est venu, en voyant le film, une question à laquelle je n'ai pas encore de réponse. Fallait-il évoquer "L'Affaire" ? Je suis certain que Téchiné s'est posé la même question : à quel moment arrêter le film ?
Jusque là, malgré ses imperfections, Téchiné avait plutôt réussi son pari : il ne sombrait pas dans le piège de la mise en images d'un fait divers ultra-connu. Il avait adapté l'histoire à son univers personnel. Téchiné avait fait du Téchiné et, personnellement, je ne lui demande pas mieux, parce qu'il le fait très bien (je crois même que Téchiné est le meilleur Téchiné que je connaisse).
Mais cette dernière partie, cette reconstitution du premier procès Agnelet, fallait-il la faire ?
J'avoue que, personnellement, je n'ai sais toujours rien. Même si cette scène ne fait pas injure au film, je me dis parfois que le film aurait gagné à s'arrêter avant.
En tout cas, sur un sujet casse-gueule, Téchiné a globalement réussi son film, il a mis son intelligence au service d'un récit dynamique qui, s'il ne donne pas un film génial, permet quand même de passer un bon moment.

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