Voir le film

Pour son troisième film, Kubrick creuse la veine du film noir. Nouvelle déclinaison sur les codes du genre, cet opus se concentre sur l’avant, le pendant et l’après braquage, orchestrant un collectif choral d’archétypes : le brutal, le fourbe, la femme fatale, le gentil altruiste, la jolie cruche…
Mais sous le vernis du cahier des charges, Kubrick déploie une nouvelle fois sa maitrise formelle. Le recours à la voix off d’un narrateur externe donne le ton d’un spectacle avec lequel on garde ses distances : le film sera une dissection, une étude clinique d’un puzzle dont l’assemblage ne pourra s’achever. Kubrick évite ainsi le pathos un peu maladroit du Baiser du tueur et observe sa galerie d’impétrants à la richesse subite.
Pour peu qu’on accepte cette désincarnation volontaire et l’enfermement des personnages dans des types figés, on peut prendre la pleine mesure du projet. Kubrick travaille avant tout sur le montage et l’alternance, distribue à chacun un rôle spécifique dans une machine a priori parfaitement huilée. Film sur le collectif et le travail de groupe, il dissémine les indices comme il cache à certains le grand projet auquel ils contribuent, ne leur assignant que des tâches secondaires. C’est souvent le statut du spectateur qui ne comprend toute l’ampleur du casse qu’assez tardivement.
Cette construction s’accompagne d’une expérimentation sur le temps : en fonction des différents collaborateurs, la même séquence est montrée à plusieurs reprises et les retours dans le temps permettent de construire la dimension collective du braquage.
Attentif au timing, Kubrick ne l’est pas moins aux objets et aux éléments susceptibles de se transformer en grains de sable dans l’engrenage : le fusil, la valise, le caniche…
Convergeant vers le grand carnage, dans une tonalité des plus ironiques, L’Ultime razzia joue finalement cartes sur table : s’il on y traite de maitrise et de succès, c’est bien de ceux du cinéaste, grand architecte d’une machine imparable.

http://www.senscritique.com/liste/Cycle_Kubrick/507970
Sergent_Pepper
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Gangster, Vus en 2014, Intégrale Kubrick, Les meilleurs films de Stanley Kubrick et Corpus Film Noir

Créée

le 1 juil. 2014

Critique lue 2.1K fois

Sergent_Pepper

Écrit par

Critique lue 2.1K fois

50
3

D'autres avis sur L'Ultime Razzia

L'Ultime Razzia

L'Ultime Razzia

7

Sergent_Pepper

le 1 juil. 2014

Suivre

Engrenages, braquage, carnage.

Pour son troisième film, Kubrick creuse la veine du film noir. Nouvelle déclinaison sur les codes du genre, cet opus se concentre sur l’avant, le pendant et l’après braquage, orchestrant un collectif...

L'Ultime Razzia

L'Ultime Razzia

5

Kalian

le 6 janv. 2011

Suivre

Kubrick de béton

Je ne fais absolument pas partie des détracteurs officiels de Kubrick, mais je dois bien avouer être ici particulièrement sceptique. Oh bien sûr, l'œuvre a des qualités à revendre : une bien belle...

L'Ultime Razzia

L'Ultime Razzia

8

Docteur_Jivago

le 2 sept. 2022

Suivre

Le Casse du Siècle

Kubrick se lance dans le film noir. On reste autour d'un braquage, sa préparation minutieuse, la réalisation puis les effets immédiats, il reste dans un laps de temps assez court. Autour de ça, il...

Du même critique

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?

Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?

1

Sergent_Pepper

le 26 déc. 2014

Suivre

Les arcanes du blockbuster chapitre 13

Siège d’UGC. Vaste table en acajou, bol de saucisson et pinard dans des verres en plastique. - Bon, vous savez tous pourquoi on est là. Il s’agit d’écrire le prochain N°1 du box-office. Nathan, ta...

Once Upon a Time... in Hollywood

Once Upon a Time... in Hollywood

9

Sergent_Pepper

le 14 août 2019

Suivre

To leave and try in L.A.

Il y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...

Her

Her

8

Sergent_Pepper

le 30 mars 2014

Suivre

Vestiges de l’amour

La lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...