Saprò dire al mio cuore per te La più triste bugia

Avis sur L'avventura

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Michelangelo Antonioni pose ici les jalons d'un film immensément hypnotique, tant par la forme que par le fond.
Le récit, aussi tortueux soit-il, embarque le spectateur dans un long et lent labyrinthe au coeur même des pensées des différents personnages. En effet, Antonioni alterne les différents points de vue, jouant avec les regards que portent les protagonistes sur leur temps. Le récit débute ainsi par Anna et ses sentiments qui se basculent au plus profond d'elle, avant qu'elle ne disparaisse qu'au bout de 28 minutes de film (rappelant le même sort qu'Hitchcock réservait à son héroïne dans Psycho... la même année). Dès lors, la recherche que son absence constitue est disparate pour certains, essentielle pour d'autres. Les réactions à sa disparition diffèrent entre passivité et obsession vaine.
Mais le film ne joue aucunement sur la trame mystérieuse voire policière de la disparition d'Anna (si bien que ce mystère ne sera jamais résolu), laquelle se dissipe peu à peu dans l'air pour laisser place aux sentiments coupables qu'éprouvent Sandro et Claudia l'un pour l'autre, dans une hésitation permanente. La force du film joue sur les non-dits, autrement dit le "non-dialogues", lesquels Antonioni orchestre à merveille. Un regard, une caresse, ou des mains qui se rencontrent, sont tout aussi évocateurs et puissants que la parole. Dans ce film, le langage ne semble évoquer que l'angoisse et la désillusion éprouvées par les personnages.
C'est aussi l'occasion pour Antonioni d'imposer ce qu'il perçoit sur la figure féminine vertueuse, par l'intermédiaire d'une Monica Vitti magnifiée qui sait se faire désirer, en opposition à la facilité de la plupart des femmes de l'époque.
L'Italie du Sud comme décor, aux falaises rocailleuses et qui semble sans vie aucune, est l'occasion de dépeindre le vide existentiel et sentimental des protagonistes.
Mais c'est par la force de sa mise en scène et de son traitement de l'espace que L'Avventura marque son temps. Le cadre est travaillé à merveille: les lignes directrices et la profondeur de champ laissent des images impénétrables dans mon esprit, notamment la séquence où les personnages partent à la recherche d'Anna, errant sur cette île rocheuse et hostile où chacun sort et rentre dans le champ à sa guise.

L'Avventura dépeint un portrait pessimiste d'une époque et d'une société perdue non pas par ce qu'elle n'est pas, mais bien par ce qu'elle constitue: vide, tourmentée et indécise.

Une scène que je trouve très évocatrice de cette indécision est celle dans laquelle Claudia et Sandro se trouvent dans une chambre d'hôtel. On entend au loin "Mai" de Mina reprise en playback par Monica Vitti, dont les paroles résonnent profondément avec l'ensemble du film:"Saprò dire al mio cuore per te la più triste bugia" (je dirai à mon coeur le plus triste des mensonges).

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