Ce vide qui peint si pleinement les êtres

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Revu 19.09, copie 35mm, grand écran.

Ce n'est pas l'incommunicabilité (dont on nous rabâchait les oreilles il y a quelques années) qui saute aux yeux ici, c'est l'insoutenable légéreté, la volatilité des sentiments, des attaches dont est frappée cette classe, qui, peut-être par ironie, du fait de sa trop grande 'hauteur' est seule touchée par ces vents qui lui retirent tout assise, tout lien terrestre.
Antonioni peint cet arrachement. Des cadrages d'une précision plastique impressionante. Des visages qui surgissent du bas de cadre comme pour essayer de sortir de cette anti-pesanteur, de vivre dans un centre stable.
Pas de critique, ni de préconisation morale. Un moment, un couple de pharmacien, à l'inverse, offre la maladie inverse en bas de l'échelle sociale. Un attachement par la jalousie et la misère émotionnelle...

Tous les dialogues sont des variations de ces divers symptômes de la maladie, dans ses déclinaisons sensuelles ou, au contraire, frigides, méchantes ou, au contraire, mais toujours avec la même tragique vacuité. Et bien sûr, l'intrigue elle-même est une image de ce vide, à la fois ressenti vraisemblablement par Anna et créé par elle, par sa disparition. Vide au-dessus dramatique qu'Antonioni gère à merveille, puisqu'il révèle tout un monde nouveau, qu'on appellera le cinéma moderne. Mais, peut-être n'est-ce pas là l'important...

Pas de champ, contrechamp qui lient les personnages dialoguant entre eux. Tout glisse dans l'espace, se croise comme par ennui.

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