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La Femme Scorpion par MajorTom

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Icône de la pop culture japonaise qui trouve ses origines dans un manga culte, La Femme Scorpion a gagné, au fil des ans, la réputation d'un film déviant, digne représentant du cinéma bis des années 70. Heureusement pour nous, il est bien plus que cela ! Certes, ce premier volet d'une série de six films (4 épisodes réguliers + 2 reboots) appartient au sous-genre des Women In Prison (WIP) mais contrairement à un Ilsa, la louve des SS qui enchaîne les images les plus déviantes et vulgaires, le film de Shunya Ito s'efforce d'être divertissant, inventif et intelligent.

Sous ses airs de bande d'exploitation réservée à un public masculin (ce qu'il est en partie), le film ne s'empêche pas de balancer quelques attaques au passage. Envers les hommes d'abord et en particularité les japonais, face à qui les femmes ont ordre de se soumettre. Violeurs, corrupteurs, misogynes... aucun personnage masculin ne trouve grâce à nos yeux et surtout quand il assène sur la pauvre Nami (la femme scorpion) des coups de matraques, symboles phalliques par excellence. Et c'est bel est bien une dérive nationale que dénonce Shynia Ito, tant le drapeau japonais est omniprésent (voir ce magnifique plan où le sang sur le pansement blanc forme le dit-drapeau). C'est vrai qu'au Japon, la misogynie était (est ?) très présente et cela se ressent jusque dans les films de l'époque. Dans la saga Baby Cart, les femmes sont soit des mères soit des putains et lorsqu'elles essayent d'égaler les hommes, elles le payent de leur vie. Sasori (littéralement "Scorpion", le surnom de Nami) change la donne ! Elle décide de se rebeller et s'affirme comme une personne indépendante et autonome n'ayant pas besoin de la tutelle des hommes pour exister. Mais, derrière cette misogynie ambiante plane l'ombre de la défaite japonaise lors de la seconde guerre mondiale, plaie encore ouverte qui a engendré une société basée sur la discipline (la première scène du film est assez explicite à ce sujet). La Femme Scorpion : film féministe ? Certainement, même si, au rayon du vice, les femmes ne sont pas en reste et peuvent se montrer d'une grande cruauté les unes envers les autres (on notera tout de même qu'un homme "manipulateur" tire bien souvent les ficelles).

D'un point de vue esthétique, le film fait preuve d'une grande originalité à travers des flashbacks et visions fantasmagoriques qui deviendront une marque de fabrique de la série. Les angles de vue choisis par le metteur en scène insistent souvent sur la prétendue supériorité masculine en leur faisant surplomber les personnages féminins. Cependant, tout n'est pas que symboles et dénonciations : les scènes de violences crues et de nudité sont nombreuses, parfois racoleuses, mais sans trop d'excès et la vengeance implacable de Nami est assez captivante pour nous tenir en haleine jusqu'à la fin du film. Et comment ne pas mentionner Meiko Kaji, charismatique dans le rôle de cet ange vengeur préférant les actions à la parole, ainsi que cette chanson entêtante (reprise par Tarantino pour son Kill Bill) insufflant une teinte de poésie au métrage et à la saga qu'elle accompagnera pendant les 4 premiers films ?

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