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La Femme infidèle

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Avec ce film, Chabrol décrit un monde en pleine mutation, celui de la fin des années 60 qui voit des éléments de modernité (dans la mode, la musique, l'émancipation des moeurs) co-existés avec le classicisme le plus poussiéreux de grand papa. Charles Desvallée (Michel Bouquet, la parfaite tête de l'emploi) appartient à ce dernier, totalement engoncé dans les oripeaux de cette bourgeoisie pompidolienne, aisé, phallocrate (le personnage potiche de la secrétaire, seulement faite pour être sexy et apporter les alcools, est bien le symbole de ce rapport de force disproportionné) ; un être froid, rigide, incapable de se laisser aller dans la légèreté. Sa grande maison avec personnel a beau avoir été repeinte dans des couleurs pop, elle témoigne encore du pouvoir rétrograde de cette classe dominante patriarcale. Mais voilà que Chabrol s'amuse à fissurer le pouvoir de ce mâle dominant d'alors car oui, Monsieur doit se rendre à l'évidence, madame, confinée jusqu'alors dans le rôle ennuyeux de maitresse de maison, a un amant (Maurice Ronet) - tout le contraire de son mari, charmeur, moderne, jouisseur. On ne sait pas si Michel Bouquet est amoureux de sa femme ou s'il est juste vexé que sa femme lui échappe. Toujours est-il qu'il décide d'aller le voir, fait ami ami en lui faisant croire qu'avec sa femme, il pratique l'amour libre...(en feignant l'apparence de la modernité). Puis pris de folie (le seul moment où il n'est pas sous contrôle), il le tue. La violence du film se réduit alors à une trace de sang qui tache le carrelage, puis dans la froideur mécanique de Charles pour faire disparaître le corps.

Commence une enquête policière finalement à peine ébauchée (on ne voit que deux inspecteurs venant interroger Madame et Monsieur), il faut dire que cette enquête, Chabrol s'en moque. Seule semble l'intéresser alors la réaction des deux époux, tous les deux murés dans leur secret respectif, tous deux semblant savoir ce qu'a fait l'autre mais que la convention sociale les empêche de verbaliser. Le dernier "Je t'aime", dit mutuellement entérine cet accord tacite où la préservation des apparences sera plus importante que la vérité.

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