Jusqu'ici, tout va pas si bien

Avis sur La Haine

Avatar Matthew_Horne
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Culte? Ah bon? C'est ça la fameuse œuvre poignante sur la violence urbaine qui a trouvé le moyen de débouler dans le top 250 d'IMDB? (Bon, ce top n'est pas tout à fait une référence me direz vous).

On a là un synopsis qui annonce du bon, c'est centré sur Saïd, Hubert et Vinz. Ce dernier a trouvé le moyen de récupérer une arme de flic perdue lors d'une émeute. Abdel, un de leur comparse amoché par les forces de l'ordre s'est retrouvé entre la vie et la mort. Vinz menace de refroidir un policier en guise de représailles si Abdel venait à manger les pissenlits par la racine. 24h fictives soit 1h30 de "tension" où le trio déambule à travers Paris et ses péripéties, avec un Vinz qui se sent tout puissant, en épée de Damoclès, qui pique sa crise d'ado tardivement, contre Hubert, son pote qui incarne une sorte de figure paternelle raisonnable.

Sans pouvoir tout à fait affirmer que La Haine est mauvais, je peux difficilement comprendre ce qu'il y a de si bluffant dans ce drame tout à fait quelconque. Déjà, ça a clairement le cul entre deux chaises; pour le meilleur comme pour le pire; ça hésite entre le comique et le grave. C'est voulu, c'est la patte de Kassovitz, oui, mais ça coule le navire. Le travail sur le noir et blanc (pas mal géré d'ailleurs) en devient désuet, il n'y a que la chute qui parvient à matérialiser la supposée noirceur du film. J'ai beau essayer de me poser dans le contexte, rien n'y fait, c'est bancal malgré un rythme correct dans le scénario. Après tout, on assiste surtout à une compilation d'altercations, de heurts aka pseudo-analyses sociologiques (c'est pas pire que Entre les Murs cela dit), on attends juste la fin qui va justifier tout ça. On erre dans l'intrigue comme les héros errent dans Paris, on essaie de savoir le pourquoi du comment, on est comme les protagonistes, affalés par terre devant des écrans, qui attendent le petit matin pour prendre le train et retourner à un quotidien monotone.

Alors oui, il y a le message, qui évite (heureusement) tout manichéisme; tout le monde n'est pas blanc comme neige (sans mauvais jeu de mot): tout les flics ne sont pas d'immondes goujats sadiques et racistes, mais les abrutis irritants comme Vinz sont légion et font toujours reculer les choses. Et ils le feront toujours sans travail de réflexion sur eux mêmes. Kassovitz évite finalement de glorifier la "minorité d'agneaux oppressés" contre les "sales keufs babtous". Le film porte plutôt sur cette incompréhension entre tout le monde qui est la genèse de cette Haine.

Difficile en tout cas d'admettre que c'est ce qui aurait placé ce long-métrage sur un piédestal. Peut être ces bobos CSP++ qui achètent très cher des vinyles rares de Cypress Hill et fantasment sur la culture des cités, sans toutefois oser y pointer le bec de peur de l'y perdre. Kassovitz chantre d'une minorité qui n'avait jusque là pas vraiment sa place dans le Septième Art? J'y crois moyennement, il a su faire La Haine au bon moment, voilà tout.

En fait, ce qui m'empêche de mettre 5, c'est peut être la triste ironie de la chute. Une chose est sure, Cassel c'est beaucoup mieux dans Irréversible ou en Mesrine.

Baltringue, va.

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