« Chaque guerre augmente l’image d’une guerre globale, celle d’un conflit de civilisation. »

Avis sur La Liste de Schindler

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Critique publiée par le

Pour cette critique, dotée de possibles spoilers, je me suis basé sur cette problématique :

Comment un cinéaste raconte-t-il l’engagement de nazis (ici d’un nazi, Oskar Schindler) contre leur régime ?

L’auteur et le contexte privé de création de cette œuvre :

Steven Spielberg est un réalisateur, scénariste et producteur américain né le 18 décembre 1946 à Cincinnati.

Steven Spielberg a acheté les droits du livre La quête de Schindler de Thomas Keneally en 1982 mais il ne désirait pas réaliser le film lui-même. Le projet a d'abord été proposé à Martin Scorsese qui refusa en estimant qu'un réalisateur juif était plus apte à le faire. Roman Polanski fut donc sollicité mais il déclina l'offre également car le sujet était trop personnel et proche de son histoire. Après le succès de Jurassic Park (1993), Steven Spielberg s'attela finalement à la tâche, en cherchant de ne pas choquer le spectateur tout en restant proche de la réalité.

Contexte historique et artistique :

Depuis 1945, les juifs ayant survécu à la Shoa, les historiens, les artistes… essaient de trouver des moyens pour que la mémoire de ce qui c’est passé pendant la 2de GM se transmette.
Au cinéma, il existe deux courants : le récit de fiction et le récit documentaire. Ces courants correspondent à des sensibilités et à des engagements intellectuels souvent opposés. Claude Lanzmann est de ceux qui estiment que la Shoa ne peut pas et ne doit pas être reconstituée en studio ni ailleurs, que seules les archives et les témoignages sont valables, Steven Spielberg lui est de ceux qui pensent que la fiction ou la reconstitution peuvent être de bons supports pédagogiques et le moyen de transmettre le souvenir.

Description et interprétation de l’œuvre :

La Liste de Schindler est un long-métrage basé sur un fait historique qui raconte la vie d'Oskar Schindler, industriel allemand, durant la Seconde Guerre Mondiale. Membre du parti nazi, bon vivant, homme d'affaire avisé, il se révèle pourtant être quelqu'un d'ambigu. Partie prenante de l'exploitation par le travail des juifs, il va faire prospérer ses affaires à Cracovie où il est rentré en 1939 avec les troupes allemandes. Cependant, au fur et à mesure de l'avancée de la guerre, son ambivalence se révèle ; prenant progressivement conscience de la barbarie du régime qu'il cautionne et de la menace qui pèse sur ses employés, Il va tout mettre en œuvre pour les sauver, ainsi que leurs familles, de la machine de mort hitlérienne.

I- Un film qui raconte…
Sous la forme d’un biopic

Un film biographique, également connu dans le milieu du cinéma sous l'anglicisme « biopic », est une œuvre cinématographique de fiction, centrée sur la description biographique d'un personnage principal ayant réellement existé. Les événements et l'environnement de son époque sont donc subordonnés à son récit.


Sous la forme de portraits portés par des choix d’acteurs réfléchis : pas de vedette trop célèbre

Au départ, on a envisagé plusieurs grandes stars hollywoodiennes comme Harrison Ford, Mel Gibson ou encore Kevin Costner pour jouer le rôle d'Oskar Schindler, mais Steven Spielberg a refusé pour ne pas dénaturer le film dans sa réception auprès du public. Le suédois Stellan Skarsgard, ainsi que le suisse Bruno Ganz ont été eux aussi considérés pour le rôle mais celui-ci a finalement été dévolu à l'irlandais Liam Neeson. Tim Roth avait été pressenti pour incarner le SS Amon Goeth, finalement joué par Ralph Fiennes, auditionné par Steven Spielberg qui lui a trouvé une expression de "sadisme sexuel" dans le regard. Ce dernier a pris treize kilos pour les besoins du film. Steven Spielberg a également auditionné des enfants des juifs sauvés par Schindler pour les rôles joués en hébreux, ainsi que des Polonais pour jouer les survivants. En ce qui concerne les acteurs allemands qui jouent les soldats SS, le film a été, selon leurs dires, une façon de s'affranchir des secrets de famille ayant trait à l'Holocauste, raison pour laquelle ils ont remercié Steven Spielberg de leur en avoir donné l'occasion. L'un des producteurs, Branko Lustig, qui joue aussi le maître d'hôtel dans la première scène où apparaît Oskar Schindler, est lui-même un survivant d'Auschwitz, et avait déjà produit d'autres films traitant de l'Holocauste comme *Le Choix de Sophie* en 1982 ou encore *Shoah* en 1985.


Avec des choix esthétiques forts : le noir et blanc, la musique

Le choix esthétique fort du noir et blanc contribue à nous faire entrer dans la réflexion du regard que porte Steven Spielberg sur cette période. Le noir et blanc fait un lien avec les images d'archives à l'aide desquelles s'écrit l'histoire. Le noire et blanc renforce donc l'encrage réaliste que le cinéaste veut donner à son film. Ces images construites, qui font un pont avec les images d'archives, tendent vers une écriture documentaire qui font de nous des témoins et non plus seulement de simples spectateurs.

On peut se demander si le choix du noir et blanc n'a pas également été fait pour souligner la dureté de cette période et le cauchemar vécu par la population juive. En effet les contrastes sont très travaillés, presque graphiques. Ils donnent une sorte de morbidité à l'image.
Cependant quelques touches de couleurs viennent ponctuer le film : la lumière de la bougie du sabbat au début du film, le manteau rouge de la fillette du ghetto et la dernière séquence du film montrant les survivants rendant hommage à Schindler. La couleur intervient à chaque fois comme un symbole d'espoir et de vie, sorte de contrepoint à la violence et à l'inhumanité. Il est intéressant de souligner le lien que le cinéaste fait entre ces touches de couleurs et le personnage de Schindler. En effet, à la fin du film, Schindler rappelle à ses ouvriers que c'est jour de sabbat et qu'il faut le célébrer, la bougie apporte alors la couleur, la même que celle qui était présente au début du film. D'autre part, c'est aux côtés de Schindler sur la colline dominant le ghetto que nous voyons et suivons la fillette au manteau rouge. Le cinéaste nous suggère donc par là l'évolution du regard et de sentiments de Schindler vis à vis de la situation historique.

La musique de la bande-son renforce l’identification aux personnages et l’émotion que l’on peut ressentir vis-à-vis des différentes situations. À plusieurs moments, elle joue un rôle narratif. Le thème principal composé par John Williams est devenu très célèbre et déclenche une émotion très forte. De nombreuses séquences illustrent ce procédé et peuvent servir à interroger le spectateur sur ce qu’il ressent au sujet de la combinaison entre l’image et la musique, ce qui mettrait en évidence le rôle de cette musique dans ces scènes. Lors de la scène dans le ghetto où la petite fille en rouge tente de s’échapper, c’est un chant yiddish que l’on entend. C’est une sorte de comptine sur l’alphabet. La musique est là pour atténuer la violence des coups de feu, des hurlements, de la cohue. La musique édulcore la violence et cherche à éviter d’en saturer le spectateur. Lorsque la rafle de nuit des SS commence, c’est une œuvre de Bach qui est interprétée. Le rythme est alors plus rapide et la musique plus forte jusqu’à la scène suivante. Elle accompagne l’hystérie meurtrière des soldats. Lorsque les prisonniers défilent nus pour la sélection, une musique typiquement allemande est diffusée. Il y a ici une contradiction entre les détenus paniqués qui courent partout et la musique calme. La scène où les femmes sont amenées à Auschwitz et doivent se doucher est accompagnée d’un morceau de violoncelle. Il renforce l’angoisse du moment et souligne la panique visible sur les visages, accentuée par les ordres criés en allemand et les hurlements lorsque les femmes sont plongées dans le noir. Il y a ensuite un soulagement, toujours soutenu par la bande-son, quand l’eau apparaît.

II- La vie d’un nazi…
 Fils de..., marié…

Liam Neeson incarne cet homme marié et fils d'industriel autrichien. Sa prestance vient servir la présence charismatique du personnage


Un homme engagé au cœur du système

Oskar Schindler est un fin stratège qui a su se placer politiquement et devient même membre du parti nazi.


Un personnage ambigu et troublant

Dès la deuxième scène du film son portrait commence. Le personnage n'est pas livré immédiatement mais progressivement. Oskar Schindler s'est construit. On voit d'abord ses mains, son argent, ses costumes, ses cravates. On le suit de dos durant un plan séquence, ce n'est que lorsqu'il passe à l'action pour entrer en contact avec le pouvoir nazi que son visage nous est livré, en contre plongée, pour souligner son désir de puissance. Amateur de femmes, calculateur, corrupteur, Oskar Schindler met tout en œuvre pour servir ses affaires. Il apparaît donc d'abord comme un homme froid et peu sympathique. Cependant, le film nous montre son évolution psychologique qui va l'amener à une rédemption. En effet, les évènements et des rencontres vont l'obliger à ouvrir les yeux et sa carapace va se fendre pour révéler un homme plein d'humanité et de compassion. Pour autant, il va tout faire pour masquer ses vrais sentiments et essayer de toujours donner le change aux nazis. Cette attitude en fait un personnage ambigu et troublant. Pour autant, ne pouvant pas toujours feindre l'indifférence envers les tortures faites aux juifs, il se met en danger à maintes reprises (lorsqu'il fait arroser les wagons, quand il défend un employé infirme). Le massacre du ghetto de Cracovie constitue un évènement majeur dans l'évolution de Schindler et son engagement vis à vis des juifs. Pour combattre le nazisme dont il s'est fait proche, Oskar n'hésite par à utiliser la persuasion et la manipulation. La séquence de discussion entre l'officier SS Amon Goeth et Oskar est un moment important du film qui témoigne de l'autre façon dont Oskar Schindler a tenté de sauver des juifs (faire en sorte qu'ils ne soient pas tués par Goeth). Tandis que l'officier est saoul, Schindler tente de lui faire comprendre la vraie définition du pouvoir, celle où l'on pardonne et non où l'on tue.

III- Au cœur d’un système qu’il combat pourtant.
 Un système raciste et antisémite

Les lois de Nuremberg créées en 1935 ont imposé progressivement aux juifs des obligations et des restrictions : ils ont été exclus par certains nombres de professions, privés de droits civiques, privés de leur statut social puis de leurs biens et enfin mis dans des ghettos comme celui de Varsovie par exemple crée en 1940.


Un système qui met en place l’élimination systématique des Juifs

En Janvier 1942 suite à la conférence de Wannsee la "solution finale" a été décidée, c'est à dire l'élimination systématique et industrialisée des juifs. Cela correspond à la deuxième partie du film : les arrestations et le massacres dans le ghetto au moment de sa liquidation, et l'enfer concentrationnaire du camp de Plaszow dirigé par le commandant Goeth.


Mais qui s’écroule à cause de sa nature même.

Ce régime était fondé sur une violence qui poussée à l’extrême ne pouvait faire naître qu’une situation absurde, intenable et génératrice de folie.

Conclusion :

Grâce à sa liste, Schindler a sauvé 1100 juifs mais, à la fin de la guerre, en 1945, on décomptera progressivement le meurtre de 6 millions de juifs. A ce génocide il faut ajouter les génocides des Tsiganes, des homosexuels, des handicapés.
Spielberg a voulu faire avec ce long-métrage un partage de mémoire, un portrait de ceux que les juifs appellent Justes. Les Juifs ont un proverbe : "Celui qui sauve une vie, sauve le monde entier".

Au cinéma peu de films évoquent la résistance des nazis contre leur régime. Costa-Gavras est un des réalisateurs qui en a témoigné grâce à son film Amen (2002). En revanche la Shoah et la résistance au nazisme a été beaucoup explorée au cinéma, dans la littérature, dans la BD notamment.

Pour le titre : citation de Dominique de Villepin

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