La Déportation, marché lucratif

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Décidément, la Seconde Guerre Mondiale est un marché très lucratif. En France, si tu n'as ni idée ni talent pour faire un film, parle de l'Occupation, de la Déportation, et c'est le succès attendu.
Oh ! Bien entendu, j'entends d'ici les exceptions. Bien sûr, il y a La Traversée de Paris et Monsieur Klein. mais combien de Monsieur Batignole ou autre niaiseries de ce genre...
Alors, pour faire un bon film sur l'Occupation, il faut des enfants. Plein d'enfants. Des enfants, leurs frères, leurs cousins, leurs potes surtout. Cela permet de faire des scènes émouvifiantes où l'un des copains est emmené manu militari et où l'autre l'interpelle dans l'escalier "Mais pourquoi tu pars ? Qu'est-ce que t'as fait ? Mais t'es mon pote, j't'oublierai jamais"...
Autre scène émouvante prévue : les enfants séparés des parents, ou pire encore : le doudou qui tombe dans la poussière quand le petiot est poussé brutalement dans un wagon à bestiaux en direction de la Pologne. Que de vieux procédés mélodramatiques dont le but est de faire pleurer dans les chaumières.

Autre élément indispensable : la (ou les) vedette(s). Jean Reno en médecin juif altruiste, rien que ça, c'est à faire hurler de rire. Comme d'habitude, il joue dans ce film exactement comme il jouait dans Godzilla, Les Rivières pourpres ou Les Visiteurs (c'est formidable cette constance chez un acteur : toujours le même regard, quel que soit le rôle). Mélanie Laurent est bien mignonne et on ne lui en demandera pas plus. Sylvie Testud (dont on se demande bien ce qu'elle peut foutre ici) a l'intelligence de disparaître assez vite.
Et il y a Gad. On peut appeler ça le syndrome Coluche : un comique se doit de tenir un rôle sérieux et dramatique dans une œuvre profonde et mélodramatique. De Coluche dans Tchao Pantin à Djamel dans Indigènes, un comique ne se mesure qu'à cette aune. Donc, Gad, en quête de respectabilité, se retrouve dans un film sur la Déportation. Il y est à peu près autant à l'aise que si moi, je devais donner un cours sur la physique quantique.

Alors, passons sur les dialogues chargés de messages, comme si les acteurs s'adressaient directement aux spectateurs, les prenant par la main pour leur dire ce qu'ils doivent penser. des dialogues particulièrement réalistes, comme ces gamins d'une dizaine d'années qui parlent de la judéité du Christ.
Passons sur la représentation de Pétain, Laval et surtout Hitler et Himmler, absolument pathétiques.
Passons sur la représentation de la vie des Juifs sous l'Occupation, une vie toute tranquille dans un écrin de verdure.
Passons sur la France uniquement divisée entre Juifs et collabos.
Ce film ne se contente pas d'être mauvais. Il est vomitif. Traiter un sujet aussi chargé d'émotion pour en faire du sentimentalisme bas de gamme et du pathos à deux balles, dans l'unique but d'en faire un succès commercial et, pourquoi pas, une référence culturelle (à la sortie du film, nous, profs, avions reçu des dossiers de presse et étions généreusement invités à assister à des avant-premières dans le but d'emmener nos élèves en masse assister à cette débâcle), c'est tout simplement dégueulasse.

Tiens, si je revoyais Train de Vie ? ça, c'est un très bon film.

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