Et les enfants de chœur, se masturbaient tout tristes...

Avis sur La Religieuse

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Par une terrrrrrible erreur d'inattention, j'avais commencé à regarder la version de 2016, me laissant horrifiée par la nullité d'un film que j'avais tant désiré voir. Après 20 minutes, comprenant ma méprise j'ai enfin visionné le vrai, le beau, le superbe La Religieuse de Jacques Rivette.

Ici, Anna Karina excelle dans l'art de trouver la mouvance et l'intonation juste, celle qui touchera le spectateur. Chaque scène a l'allure d'un tableau. L'omniprésence de l’Église est représenté de manière subtile et effrayante : C'est ainsi que Suzanne abdique de son destin devant ses parents sous le son des cloches. Que sa mère lui fait révélation des secrets de sa naissance et de sa honte coupable sous la balance terrifiante du son qui règle les vies et les mœurs de l'époque.

La richesse esthétique et la beauté présentes chez la mère supérieure lesbienne et chez les prostituées est symbole de liberté et de joie. Symbole de vie. Tandis que dans chaque autre décor, on ne trouve que le gris, le nu, la tristesse des murs, métaphore des barrières de la religion qui veut la mort de toute liberté, tout joie, pour le plus grand plaisir de la sainte Austérité.
On assiste à une dualité intéressante : la luxure et l'amour, synonymes de joie, symbole de Vie, contre l'Eglise, symbolisant de par sa fascination morbide pour les souffrances du Christ (et son obsession du péché), la Mort.

Contrairement au livre, Suzanne meurt ici en portant un masque. On ne se soigne pas de presque vingt ans de vie passée dans la culpabilité et l'austérité. Muselée, sacrifiée, n'ayant jamais eu l'opportunité de vivre libre et d’être ce qu'elle est, Suzanne meurt comme elle a vécu : en portant un masque, un masque symbolique imposé par la religion qui se veut maîtresse des corps et des âmes. Suzanne n'a pas vécu. Suzanne n'a jamais eu l'opportunité d’être Suzanne. La Religieuse, masque de Suzanne, l'a étouffé, gangrené jusqu'à la mort.

Sa vie finit comme elle a commencé : dans le péché. Puisque c'est ainsi qu'est considéré le suicide par les cathos. Subtile écho, renforcé par le seul envol qu'aura jamais eu Suzanne : celui vers la mort. Chute vers la délivrance et la liberté. Pour une fois, elle aura réussi à sauter le pas et envoyer chier toute cette moribonde culpabilité (notion inventé par les chrétiens d'ailleurs, auparavant n'existait que le remord).

Une réflexion extrêmement forte et lucide sur le pouvoir sinistre et toxique de la religion à l'époque, ainsi que sur son insatiable désir d'exterminer tout amour de soi, toute légitimité à être heureux. Plus qu'une prison dans ses couvents, la religion est présentée telle qu'elle a presque toujours été : une prison morale, spirituelle, philosophique. Une prison où l'Etre n'a pas sa place face au Suprême Inexistant. D'ailleurs, à l'instar de Suzanne, la sœur de Diderot (l'auteur du livre) avait été envoyée au couvent contre son gré et en devint folle, comme beaucoup de religieuse à l'époque. On peut comprendre qu'il se soit sentie investi d'exprimer au monde le problème tabou.

L'Eglise, le plus grand pervers narcissique ayant jamais existé. Monument de possessivité et de jalousie dont même ton ex n'arrive même pas à la cheville.

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