La prison est dure, mais la gamelle est sûre.

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Sophie Marceau se lance dans du contre-emploi et donne de sa personne pour nous plonger dans l'univers carcéral chez les femmes (Dommage pour elle, Suzanne Clément lui vole la vedette lors de ses quelques apparitions).
Audrey Estrougo s'est rendu à la M.A.F. de Fleury-Mérogis pour faire un "stage" d'observation, afin de glaner un maximum d'informations afin que l'environnement de son film soit le plus proche de la réalité possible.
Bien lui en a fait, car même si son film pêche sur certains détails techniques, Estrougo parvient à s'approcher de la réalité. Les prises de tête, les petits tracas du quotidien pouvant paraître anodin, mais qui en détention peuvent prendre des proportions démesurées (l'exemple du manque de PQ), un début d'émeute, la vie en communauté et les problèmes que cela peut engendrer, la vie quotidienne en détention, les relations surveillantes/détenues et détenues/détenues, les petits surnoms (Robocop), les dysfonctionnements du système carcéral... Estrougo prend bien soin de donner le point de vue de chaque côté (surveillantes et détenues), et donner vie à sa prison.
Les actrices livrent des performances convaincantes: Sophie Marceau s'en sort honorablement, Suzanne Clément est excellente, Naidra Ayadi est très bien en surveillante rigide, et Alice Belaïdi est particulièrement crédible en détenue acharnée. Tout cela aide bien pour cette immersion brute et corsée dans cet univers si particulier.
Dans sa réalisation, Audrey Estrougo s'en tire bien, n'hésitant pas à suggérer l'horreur avec un plan rapproché sur Sophie Marceau lors d'un règlement de comptes, ou en posant simplement sa caméra pour laisser les actrices se lancer dans des dialogues efficaces pour l'immersion (je pense surtout à une scène entre Marceau et Clément).
Malheureusement, le film est inégal. Estrougo donne le point de vue des deux côtés mais du coup se disperse un peu, pour un résultat qui manque de consistance. Elle s'encombre de plus avec une intrigue qui, au lieu de donner de l'intérêt, plombe l'ensemble.
On ne sait pas si Estrougo voulait réaliser un documentaire ou une fiction, et ne pense pas à approfondir ses personnages.
On peut louer sa volonté de réaliser un projet ambitieux, et regretter de ce fait qu'elle se prenne les pieds dans le tapis. Car en voulant coller au plus près de la réalité, elle n'évite pas les maladresses et les poncifs (l'inévitable corrompue par exemple était largement dispensable). De plus, son parti pris que le système carcéral transforme une simple prof de lettres (certes complice d'évasion) en preneuse d'otage paraît un peu léger.
L'ensemble est honnête, mais manque de consistance et s'avère inabouti.

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