"Une idée fixe aboutit à la folie ou à l'héroïsme" - Victor Hugo

Avis sur Le 15h17 pour Paris

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Avant d'être un peu refroidi par la bande-annonce et par les critiques, je dois avouer que j'avais été hyper emballé à l'idée de voir "Le 15H17 pour Paris". Il faut dire que le vieux Tonton Clint, dont je ne loupe aucun film au cinéma depuis quelques années, à la réalisation d'un film sur l'attentat déjoué du Thalys, fait divers français, qui plus est dans ma région, et même tourné en partie sur les lieux réels, c'est-à-dire dans la gare que je vois tous les jours, ça ne pouvait que me mettre l'eau à la bouche.. Monsieur Eastwood bordel. Dans ma gare. Mais bref, passons..

Pour faire simple quant au résumé de ma pensée : je trouve les avis bien trop sévères. Ce n'est pas un excellent film, c'est loin d'être un film marquant de la filmographie du papy, mais de là à le qualifier de mauvais film et l'enterrer à ce point, sans déconner, c'est pas un peu exagéré ? On est loin d'avoir un chef-d'œuvre, là-dessus je ne contredis personne c'est la vérité, mais merde ne vomissez pas dessus comme ça.
Je trouve que c'est un film tout juste correct qui conclut relativement bien une espèce de "trilogie sur l'héroïsme" idéalement initiée par "American Sniper" et "Sully". En terme d'intérêt et d'écriture, scénaristiquement, c'est bien en-dessous de ces deux derniers mais dans le propos je trouve qu'il les complète assez bien. Et surtout, il complète bien "Sully" (même si il aurait été plus logique de sortir "Le 15h17 pour Paris" avant "Sully", mais ce n'est qu'un détail). C'est une sorte de trilogie qui traite de l'héroïsme sous différentes formes, et de l'image et le statut d'un héros.. "American Sniper" traitait surtout la question de savoir si on pouvait réellement considérer comme un héros quelqu'un qui, même si il a énormément contribué à aider sa patrie et donc son pays, n'est autre qu'un tueur, qui a tué des dizaines (ou centaines ?) de personnes.. Ainsi que, dans une autre mesure plus secondaire, la question du Bien à la guerre (peut-on dire que la Bien existe quand il est question de guerre ? Est-ce qu'on peut "bien" agir pendant une guerre ?), mais là n'est pas le débat qui nous intéresse. Plus proche encore de son nouveau film, "Sully" traitait la question de l'héroïsme au travers d'un pilote qui a su éviter le pire malgré des erreurs, des désobéissances et une énorme prise de risque qui aurait pu faire plus de mal que de bien à des centaines de personnes, en abordant plutôt ce qui suit l'acte héroïque.. On ne nous présentait pas vraiment la vie du héros auparavant, mais bien la façon dont il l'a encaissé et le débat qu'il y a eu suite à ses agissements.
Enfin, avec "Le 15h17 pour Paris", Eastwood traite de la question de l'héroïsme sous une autre forme encore : en nous montrant ce qui peut nous conduire à réaliser un acte héroïque, cette fois donc non pas en montrant ce qui suit l'acte héroïque, mais ce qui le précède. Ainsi, je ne trouve pas, comme ont pu le dire certains, que les derniers films de papy Clint se répètent. Ils ont un thème commun, mais celui-ci est abordé de façons différentes, et je ne trouve pas que le propos se répète. En revanche, la façon dont c'est traité est effectivement ce qui fait que ce film est moins réussi que les autres.. Car au final, il est vrai que la vie de ces héros, on s'en fout un peu. Le film tourne un peu en rond puisqu'il n'arrive rien de palpitant à ces gars dont, au final, l'histoire n'a rien d'exceptionnel. Et si cela peut nous montrer que n'importe lequel d'entre nous peut, par le biais du hasard, être amené à devenir un héros, cela donne tout de même un film qui a parfois du mal à garder notre attention car on a l'impression de suivre n'importe quel biopic sur n'importe quel soldat débutant. Et ça, je l'accorde, ça n'a rien de passionnant. De plus, même si c'est très secondaire, je dois avouer que la scénariste est ultra casse-couilles en exagérant (volontairement ou non) le côté "addict aux selfies et aux réseaux sociaux" d'Anthony), ça sonne très faux tellement c'est cliché et répété.
Mais c'est l'un des seuls points qui sonne faux, car si le film a bien une qualité c'est son réalisme justement. On sent la volonté de Clint Eastwood de s'approcher le plus possible de la réalité, en filmant réellement dans un train Thalys, dans la vraie garre d'Arras, avec les vrais soldats dans leur propre rôle, ainsi que les vraies "victimes" en tant que figurants (pour la plupart).. Puis les images d'archives de la dernière scène. Dans un sens, j'ai même eu l'impression que plus on s'approchait de la fin, plus on avait une sorte de film documentaire. Bien sûr, ça reste toujours de la fiction dans le sens où tout est scénarisé, mis en scène etc.. Mais il y a un côté presque documentaire avec ces acteurs (très bons au passage, surprenants sachant que ce n'est pas leur métier) et ces lieux, puis ces images d'archive. D'ailleurs, petite remarque : les images d'archive ne sont pas d'une qualité d'image géniale, donc les entrecouper d'images tournées avec des doublures, etc.. pour rendre le tout plus vivant, ce n'est peut-être pas la meilleure idée, car la différence de résolution se voit beaucoup. Cela donne même un côté presque amateur surprenant venant de Clint, malgré le côté très symbolique de cette dernière scène.
J'ai trouvé que montrer l'attentat de manière progressive à plusieurs reprises, à l'instar du sauvetage dans "Sully", n'était pas une mauvaise idée en soi.. Mais ça ne fonctionne pas aussi bien ici, car parfois les images ne sont qu'anecdotiques. Par moment, on nous montre sans exagérer à peine 10 secondes de cette scène avant de retourner à l'histoire centrale, c'est plus rageant qu'autre chose, et même très inutile. Mais en revanche, les 20 dernières minutes, nous montrant l'attentat et la façon dont il a été déjoué, sont très intenses.. Alors, certes, il y a un plan (visible dans la bande-annonce) qui est vraiment exagéré, typique des films américains, qui nous donne plus une impression de surenchère avec un ralenti qui n'a pas forcément sa place ici.. Mais d'un autre côté, peut-on vraiment le reprocher ? La scène en elle-même est très intense, haletante, et même si on sait ce qui va se passer, à l'instar d'un "Titanic", c'est si bien réalisé qu'on est pris par l'intensité de la scène. Et ça ne m'a donc pas dérangé.

Je conclus en parlant très rapidement du reproche fait à Eastwood concernant son patriotisme.. Là encore, peut-on le lui reprocher ? Il est américain, il met en avant son pays, on ferait sans doute la même chose. Puis pour le coup on ne peut pas lui reprocher d'inventer une histoire de héros américain qui sauve le monde, car pour le coup il reprend une histoire réelle, où un attentat a réellement été déjoué en France par des américains, il n'invente rien.. Et cette histoire, c'était donc du sur mesure pour lui, pour conclure sa trilogie sur l'héroïsme. Puis par ailleurs, le film n'est pas à 100% pro-américain, il ne prétend pas que les américains sont les plus forts du monde, je tiens à signaler qu'il y a bien une scène où il est très clairement dit que "les américains ont trop tendance à s'approprier tous les faits historiques liés à des victoires" (la scène concernant la mort d'Hitler), avec cette scène, le Clint, il dit carrément que les américains sont des vantards un peu trop prétentieux. C'est plus un tacle qu'un argument de défense pro-américaine là. Je ne dis pas qu'il n'est pas patriotique, mais qu'il est capable de nuancer le truc, et qu'il montre qu'il a conscience de cette caractéristique, et qu'ici il n'en abuse pas spécialement. Il nous offre donc un film qui a ses défauts, qui ne vaut pas ceux que cette légende du cinéma a l'habitude de nous offrir, mais qui se fait à mes yeux trop injustement chier dessus. C'est moins bon, mais ce n'est pas mauvais.

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