"And then, nothing..."

Avis sur Le Carnaval des âmes

Avatar Xavier Watremez
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D'abord il est inutile comme certains de redébiter la fiche technique, on ne va pas jouer aux Cahiers...

Car tout simplement Carnival of Souls est l'un des chefs d'oeuvre du thriller: Cauchemar ou rêve merveilleux, on ne sait effectivement pas si l'histoire est réelle ou bien se passe à l'intérieur de la tête de cette héroine confinée dans son automobile, et ce quoique les nombreuses sérieuses déductions que ces innombrables critiques cinéma tirent bien souvent très vite du récit en ce qui les concerne, ainsi que leurs importantes et foisonnantes sources personnelles. Mais ce qu'il faut savoir c'est que le film est à la base une de ces productions au coût très modeste royalement ignorées du grand public, puis au succès reculé dans le temps (c'est le cas de le dire) grâce au câble, ce n'en est donc pas moins un métrage de qualité à considérer du moins sous un angle ou un autre. Et de toute façon une parabole certaine avec une femme indépendante en tant que première protagoniste, une chose très rare pour l'époque. Parceque le développement n'est pas juste celui d'un accident, qui est bête et qui peut arriver à tout le monde à peu de choses près; cela est une sorte de tragédie qui lorgne vers Psyché ou le mythe de Sisyphe, tout se répète, tout recommence, et la boucle narrative semble se reproduire indéfiniment même pour ce qui semble tout à fait normal ainsi qu'avéré, sans omettre que la fin est également en énigme. Notons par exemple qu'il n'existe pratiquement pas de hurlement déchirant dans la bande son. Qui tourne en rond que diable, cette jeune protagoniste solitaire ou bien alors nous, les spectateurs ? Elle est seule au début...et seule à la fin.

Une figure mythologique dont personne ne pourra certifier avec sûreté l'existence, ou non. Quoique l'ensemble pourra faire un peu long pour quelques uns, avec cette énorme foire aux monstres presque vide et obsolète, cette tension portée un peu toujours au paroxysme ainsi que ces rubans de bitume iniques, ces sentiers géants et multiformes mais dénués de destinations et de véritables individus, tout ceci laisse sans voix, car ceux qui pensent être sauvés peuvent désormais s'inquiéter du fait d'un déroulement dramatique réel étrange, et secondo, certainement à la signification parallèle. Il y a donc certainement beaucoup à dire sur le récit mais on préfèrera le plus souvent se laisser porter et découvrir au fur et à mesure des séquences à propos de ce qui n'est pas juste la vie d'une dactylo !

On remarque aussi que le tout ressemble à une sorte de grand clip surnaturel de MTV - toutefois en un peu plus fouillé que la moyenne des productions de hip-hop. Pareillement mis à part le fait clair qu'il y a du Burroughs dans cette production on remarquera à l'avenant qu'il y a très peu de dialogues dans Carnival of Souls. Peu importe, les paroles sont totalement inutiles. De toute façon j'ai fait une erreur avec ce film en apercevant soudainement la flamboyante jacquette du DVD alors en spécial import dans les bacs, avec ce titre qui semble tout droit sorti d'un B-movie de Roger Corman. En effet, intrigué, j'ai cru à la première minute qu'il s'agissait d'un ces joyeux délire plus ou moins fantastique ou bien d'horreur, d'une de ces fresques au grand casting légendaire mais surtout dérisoire, à la Rocky Horror Picture Show (ou bien sûr, à la What ?) Quelque chose qu'on regarde gaiement entre amis, avec le chien couché dans l'âtre, du jus d'orange en boîte, et aussi plusieurs paquets de chips un samedi soir. Mais non: J'étais bien dans une sorte d'erreur il n'en est rien, ce thriller possède son propre slang hermétique, on entre dans son noeud gordien pour n'en sortir que péniblement parmi les flots, ce film est un conte moderne au message non-dit, il agit comme un aimant qui attirerait quoiqu'il arrive la limaille de fer. A prendre ou à laisser. C'est irrémédiable et cependant telle que cette superbe indifférence du flic motard du début, on ressent presque l'envie de quitter la salle, enfin le ton y est sombre à l'instar des zombies qui se moquent de Mary Henry (et il faut bien le reconnaître quasi sordide pour la plus grande part; sans doute la raison pour laquelle il n'y aura guère besoin de ces teasers traditionnels.) Il est rare de voir un tel spectacle qui promet tant sans jamais décevoir une seule fois.

Ainsi que la remarque finale du sheriff sur la plage, laconique et minimaliste; il va sans dire par ailleurs que Carnival of Souls et sa chute - qui fait l'objet de nombreuses thèses dans plein de prestigieuses universités de cinéma du monde - est un culte fondamental et qui a sans doute inspiré, bien après en tout cas, beaucoup de "maîtres" d'aujourd'hui dont Lynch. En tout cas très bouleversant j'ai bien aimé.

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