Réédification du Péplum et come-back d'un piètre sous-genre

Avis sur Le Choc des Titans

Avatar The 7th Art of  Sinbad
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Parole d'un fan inconditionnel de l'original de 1980. Le Choc des Titans édifié par Desmond Davis et Ray Harryhausen est une véritable perle du septième art - oui je ne me gêne pas de parler d'édification, l’œuvre étant un véritable monument du cinéma. Étant fan de la mythologie grecque et des récits portant sur les Ulysse, Hercules, Achilles, Jason et autres Persée, et étant également à cheval sur les histoires originelles, j'ai adoré le remake éponyme du long-métrage des années 80. ARE YOU KIDDIN' ME? Un tel film à peine fidèle du chef-d’œuvre de 1980, et encore moins représentatif des histoires contés par les mythographes et logographes, Homère et Phérécyde? Certains parleront donc de paradoxes, d'autres de délires. Ok bon certains s'en foutent aussi, mais pour ceux qui ça intéresse... Eh bien attendez, je peux tout expliquer...

Mes penchants pour le genre me poussent à rapidement re-contexualiser la place que prennent les Péplums dans le cinéma. Les années 50 et 60 représentent l'âge d'or avec de très grandes œuvres notables traversant des générations, celles-ci étant soit tirées des légendes bibliques (Les Dix Commandements, 1958), soit des récits originaires de la Rome Antique (Spartacus, 1953), de l'Egypte Antique (Cléopâtre, 1963), du Moyen-Orient (Foudres sur Babylone, 1963)... Attention sans toucher la plaque du sous-continent Indien - comprenez par-là qu'on a décidé d'y exclure les films tirés des mythes de l'Inde et de Chine, entres autres - soit, les œuvres sont tirées de la mythologie grecque comme Jason et les Argonautes, 1963. Après le Drop the Mic de Ray Harryhausen et son Choc des Titans en 1980, le calme plat... Les péplums connaissent le même sort que les bonnes vieilles tragédies grecques, une ascension, une apogée et une fin des plus tragiques.

Si ce n'est qu'au début des années 2000, certains producteurs essaient de raviver la flamme côté récit/mythologie Grecque. Globalement, deux écoles se forment à mon sens; d'une part les classiques et d'autre part, les "néo-dark-fantasy-gothiques". Troie, 2004 et Le Choc des Titans, 2010 ont sont des exemples de classiques: la représentation des périodes et des empires déchus se font sur des lieux authentiques de tournage (off-location et parfois-même on-location) avec une utilisation raisonnable des effets visuels (CGI). Bon il y a eu aussi le très mauvais Dwayne Hercule Johnson, 2014. De l'autre côté, on notera la licence cinématographique de Zack Snyder, 300 et le très mauvais Les Immortels, 2011. Eux, opte pour des tournages réalisés exclusivement en studio avec des styles de luminosités, de design et de chorégraphies similaires à de l'animation. Ceci étant pour recréer l'Antiquité et une atmosphère d'une époque révolue mais légendaire, avec beaucoup d’hémoglobine façon peinture rouge étincelante et lumières chaudes et chaleureuses connotant les pouvoirs divins. Mais tout réside dans le visuel, pour ce qui est de l'histoire, c'est bien pire que les classiques, ils n'hésitent pas à faire fièrement un doigt d'honneur aux mythes originels - non je suis mauvaise langue... Disons je ne suis pas un adepte même si j'ai au moins accepté 300, le premier du nom.

A mon humble avis, la réédification du genre ne se fait pas par cette nouvelle tendance à représenter les péplums en combinant CGI à foison, esprit gothique et dark-fantasy, mais plutôt grâce à ce travail passionnel des directeurs de la photographie à chercher des endroits sur notre belle planète qui feront rappeler une époque révolue et lointaine... Et c'est ce que fait admirablement Le Choc des Titans de Louis Letterier. SVP! Portez cette attention sur ces sublimes lieux de tournage; le fabuleux Teid National Park des îles Canaries, Snowdonia National Park au Royaune-Unis ou encore Danakil Desert en Éthiopie pour ne citer qu'eux... Cela nous immerge complètement dans l'époque et l'entrée aux enfer est carrément magnifique.

Oh là, attendez, les 7/10 accordés au long-métrage ne se justifient pas uniquement parce que je suis passionné de voyages et de lieux de tournage. Mais aussi et surtout pour cette capacité de l’œuvre à avoir admirablement recréer un univers de la mythologie grecque tout en ayant sa part de singularité. Oui, je suis mécontent de quelques libertés scénaristiques quant à cette fusion entre Acrisios et Calibos, une scène du début empruntée sans aucun problème aux récits de la culture judéo-chrétienne, WHAT THE F****, cette méthode manichéenne agaçante à représenter toujours Hadès comme le grand méchant et Zeus comme le grand gentil ou cette invention du personnage de Io - Andromède se voyant complètement écarté de l'intrigue....

Toutefois, le film est génial dans sa façon de montrer un groupe soudé, composé d'acteurs connaissant des ascensions fulgurantes, qui ont de la gueule et qui sont fait pour ces rôles. A commencer par Sam Worthington tête brûlée qui avait déjà plu dans Avatar, puis Mads Mikkelson, formidable en soldat. Liam Neeson et Ralf Fiennes, jouant à la perfection les rôles respectifs de Zeus et Hadès. Même les rôles secondaires sont bons. La chorégraphie des combats est super intéressante sans tomber dans l'excès des Immortels quant aux situations comiques, elles sont parfaitement bien réussites et rigoureusement bien dosées. L'humour est intelligent, pas du tout poussif mais plutôt naturellement bien associé au ton général du film. Le récit se suit parfaitement, bien aidé sans doute par la facilité d'être sur les rails d'une histoire mainte fois racontée... Mais ce n'est pas donné à toutes les adaptations et qui plus est, l'histoire a dû être modifiée en post-production à cause de certaines réorientations visant à repenser l'importance que tenait le personnage de Persée. Ceci justifié par la notoriété grandissante de Sam Worthington, star principal d'Avatar.

Les innovations et les modifications de l'intrigue pour la plupart sont supers. Ces scorpions géants intervenant en début de récit et les jinns par exemple - ingénieux cette idée de greffer des créatures issues de mythes arabo pré-islamiques comme il en a été le cas avec le Kraken, lui-même ayant comme source d'inspiration les légendes scandinaves. Les scènes d'actions sont époustouflantes et rythmées par des compositions mémorables. Ramin Djawadi prend le soin de coupler des instruments à consonance étrangères exotiques (du Moyen-Orient), avec des sons plus contemporains (l'agressivité de cette guitare dans le morceau Scorpio, jouissif!) et des sons aux violons qui savent retranscrire toute la force de l'épopée - le morceau There is a God in you est juste divin et épique.

Quelques raccourcis scénaristiques et quelques choix artistiques se révèlent handicapants malheureusement. Toute la force de l'original résidaient en partie sur les créations horrifiques en stop-motion de Ray Harryhausen... La scène de la Gorgone était glaçante à souhait... Dans cette adaptation, Méduse est foutrement belle! WHAT THE F****. Ouais bon elle montre ses dents deux trois fois pour faire part de son mécontentement mais l'histoire raconte qu'Athéna l'avait rendu hideuse... Donc pourquoi? Quel dommage... Puis l'utilisation de la CGI n'arrange pas les choses, ce côté extrêmement fluide et visqueux de la créature donne un mauvais rendu... Même si la scène d'action est tout de même plaisante... A contrario les effets de mouvements saccadés de Gorgone made in R.Harryhausen donnait un côté flippant à la créature.

J'en finirai avec ce qui suit: plus que de montrer Bubo, la chouette d'or présente dans l’œuvre de 1980, pourquoi ne pas avoir rendu un petit hommage en présentant de la stop-motion pour au moins une créature? Dommage... Mais bon! Mes camarades, ce film malgré ses défauts est un super blockbuster dans lequel on s'amuse véritablement, une aventure dans laquelle on prend agréablement son pied... Elle a son identité et c'était pas gagné considérant les bases sur lesquelles l’œuvre s'était construite...

Utopistes et naïfs ceux qui croiront que les récits de la mythologie grecque ne doivent pas être modifiées, elles le sont tout naturellement à travers les siècles et c'est aussi ce qui fait toute la beauté de la chose, non de Zeus!

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