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"Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même."

Avis sur Le Dernier des hommes

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"Der letzte Mann", "Le dernier des hommes", ou, au choix "Le dernier homme", vaut le détour, ne serait-ce que par la présence d'Emil Jannings, le plus grand comédien allemand de l'époque, sorte de Michel Simon tragique, qui parvient à porter le film à lui seul. Aussi par la qualité de l'image, du montage, de l'esthétique, voire de l'esthétisme, de Murnau, déjà si moderne.

Au delà de cette beauté formelle, le contenu, ou plutôt sa quasi- absence, ne m'a guère convaincu.

Jannings joue donc un portier d'hôtel de luxe tout fier de son beau costume à connotation quelque peu militaire. Le jour où le directeur, aussi progressiste qu'Emmanuel Macron, décide qu'il est atteint par la limite d'âge et le relègue à la surveillance des toilettes, il cesse d'exister, à ses propres yeux, et à ceux de son ignoble entourage, une bande d'abrutis déjà neo-libéraux.
Ce voyage au bout de la nuit n'intéresse que grâce au talent prodigieux de Jannings. Sans son interprétation exceptionnelle, comment éprouver la moindre compassion pour ce lèche-bottes qui se prosterne devant tout ce qui peut représenter le pouvoir de l'argent ?

Distanciation brechtienne oblige, Murnau ajoute une fin explicitement fictive : au lieu de mourir de désespoir dans son sous-sol, le personnage hérite miraculeusement d'un milliardaire venu claquer dans ses bras. Que fait-il de cette manne inespérée ?
Il reste à l'hôtel, lieu de son aliénation, pour la dilapider en boustifaille de luxe et engraisser encore. Il fait dresser un couvert face au sien, qui reste provisoirement vide : on espère alors qu'il va réussir à attirer l'une des putes de la clientèle (tous les personnages ont des trognes dignes des dessins de Georges Grosz), ce qui agrémenterait un peu l'action inexistante jusque là. Pas de chance, il se dégotte un autre pochtron moustachu, juste apte à faire encore monter son taux d'alcoolémie.

Entre marxisme et libéralisme, aucune place pour l'amour.

Juste l'ennui.

Mais très bien filmé.

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