Un brouillon de Saint-Pétersbourg

Avis sur Le Frère

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Saint-Pétersbourg vit dans ses souvenirs : même les jeunes n'ont pas encore perdu l'habitude de l'appeler Léningrad et l'on se rappelle que l'Allemand a été un ennemi. Pourtant tout ce joli monde hyperactif a embrassé le dollar et mange au McDo. La ville métamorphosée engloutit ceux qui vivent en elle.

C'est un film sur une cité confuse, un réseau humain soudain ouvert sur un monde avec trop de droits et d'opportunités. Différents cercles se rencontrent qui ne devraient pas, des caïds aux grands criminels en passant par les touristes. Jamais capitalisme et communisme n'ont eu aussi peu de sens ni n'ont donné lieu à des compromis plus épiques.

L'œuvre manque de place pour coller tous ses morceaux ensemble et aucun acteur ne trouve les intonations qu'il faut pour lui donner sa cohésion. Le montage hâchuré semble avouer qu'il n'y a pas moyen de créer un "tout" avec les bouts de la ville. La vie de plus en plus criminelle de Danila, avènement personnel mais déchéance sociale, ne sert rien que sa propre finalité, quoiqu'elle est la première chose à s'imbriquer enfin dans le grouillement urbain. Il est le monstre créé par la ville, la violence durcie par l'indignité face à un nouveau système qui confuse tout le monde et à travers lequel Américains et Français se confondent : ils sont "les autres".

Le Frère est un film qui ne pouvait pas faire autrement qu'être brouillon. On peut lui trouver plusieurs forces, ma favorite étant la manière dont la rue est dépeinte sans faire le culte de la misère ni prétendre interpréter la transformation de Léningrad en Saint-Pétersbourg, mais aucune ne le fait se dépasser.

Quantième Art

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