Une S-F envoûtante malgré une CGI qui pique plus que les ronces

Avis sur Le Roi des Ronces

Avatar Sandro Sciarratta
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Avant-propos

J’ai volontairement évité d’entrer dans certains détails concernant le film afin de limiter les spoilers. Je dois cependant avouer qu’il m’a été impossible d’écrire cet avis sans évoquer certains éléments cruciaux de l’intrigue, car il s’agit d’une œuvre un peu plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Aussi, je vous conseille vivement de regarder le film avant cette critique, bien que les moments-clés soient masqués par un rectangle gris. Vous pourrez révéler le texte caché en passant le curseur sur les zones de spoilers. Bonne lecture et/ou bon visionnage.

Critique

Dualité. C’est le mot qui, je pense, définit le mieux Le Roi des ronces. Le film commence par la classique et surexploitée scène d’introduction de toute « bonne » histoire à base de contamination et ses journaux télévisés du Monde entier s’enchaînant pour nous « raconter » le virus Medusa, dont les effets font directement référence à la malédiction de la fameuse créature mythologique.

Il n’est donc pas question aujourd’hui de combattre des zombies/contaminés puisque les personnes infectées meurent tout simplement des symptômes de Medusa après quelques jours d’incubation.

Et pourtant, tous les ingrédients du classique film de zombies tel qu’il est perçu dans l’inconscient collectif depuis Resident evil et 28 jours plus tard sont présents : le virus, la multinationale qui semble avoir un lien avec lui, un groupe de personnages assez stéréotypés qui va tenter de survivre et découvrir ce qu’il se trame, un Monde qui paraît dévasté... et j’en passe.

Et pour cause, Le Roi des ronces est à mi-chemin entre ce genre de cinéma et les contes allemands du XIXe siècle, La belle au bois dormant faisant office de fil conducteur tout du long.

Difficile donc de trouver de l’originalité dans son scénario, le film étant bourré de références et de codes cinématographiques que vous pourrez vous amuser à repérer. Il va même jusqu’à « piquer » l’idée d’un parallèle entre sa propre histoire et celle d’un conte narré par une des protagonistes au très bon Jin-Roh de Hiroyuki Okiura. Intentionnelles ou non, toutes ces similitudes, bien qu’elles relèvent sans doute plus de l’hommage et de la référence que du plagiat, sauteront aux yeux des cinéphiles.

Le long-métrage réussit cependant haut la main son pari d’allier une pure histoire de S-F/survie/monstres à une ambiance romantique et mystérieuse. L’idée de placer le laboratoire dans un magnifique château gothique en Écosse est la représentation même de ce mélange de genres qui fonctionne plutôt bien dans le film. Ajoutez à tout ça la petite touche de « psychologique » à la nippone, abordant ici le thème du suicide, thème prépondérant dans le romantisme, et vous obtenez une sauce assez savoureuse et qui prend bien.

Comme dans tout conte, on peut discerner une certaine morale dans le récit.

Dans le cas présent, on fait référence au fait d’aller de l’avant et de ne pas abandonner ni son envie de vivre ni ses rêves. Il faut faire bon usage de ces derniers, car, dans le film, ceux qui représentent l’évolution de l’espèce humaine sont ceux capables de les matérialiser, de les faire devenir réalité. Paradoxalement, ils sont également les individus les plus dangereux, à l’instar de ces ronces, qui finiront par sauver les protagonistes d’une chute mortelle et qui se révèleront n’être en réalité que le fruit de la matérialisation d’un monde où Kasumi pouvait vivre, alors qu’elles représentent le danger et le malheur tout au long de l’histoire.

Une belle métaphore donc. Et c’est là toute l’ambiguïté du message, ô combien récurrent dans l’animation japonaise, mais rarement traité avec tant de subtilité. On en revient ainsi au premier mot de cette critique : la dualité. Celle-ci est omniprésente dans l’œuvre, personnifiée dès le départ par les sœurs jumelles, confirmée par le mélange harmonieux et pourtant improbable de La belle au bois dormant et de Resident evil et mise en forme par l’incrustation, moins harmonieuse quant à elle, de la CGI dans un environnement « fait main ». Tout ici n’est que dualité et ambiguïté...

C’est donc dans son ambiance ambivalente très réussie, dans son/ses twist(s) de fin, mais aussi dans la complexité des rapports entre ses protagonistes que Le Roi des ronces puise sa force. On pourra toutefois regretter quelques approximations et certains personnages peu développés, la faute à une tentative d’adaptation des six tomes du manga d’origine, plus glauque et plus oppressant, en un long-métrage de 1 h 50, plus romantique et mystérieux. Le film arrive tout de même à retracer l’intégralité de la trame principale du manga tout en faisant quelques concessions et modifications.

Une réussite en somme, qui aurait sans nul doute obtenu un 7/10 de ma part grâce à ses ambiances, son visuel, son scénario et ses musiques. Malheureusement, la CGI, trop présente et, selon moi, mal gérée, a cassé mon immersion à maintes et maintes reprises. Bien que je comprenne le parti pris artistique relatif à la CGI pour appuyer le concept de dualité comme évoqué plus haut, l’amoureux d’animation qui est en moi m’empêche d’apprécier pleinement l’expérience. Ça me frustre d’autant plus que tout le reste de la réalisation est excellent, avec de très beaux dessins et une animation très correcte pour toutes les scènes hors CGI.

Pour conclure, je lui donne un bon 6/10 avec un bilan assez positif malgré quelques bémols. J’ai passé un agréable moment devant un film qui, à défaut d’avoir la prétention d’innover, réussit presque tout ce qu’il entreprend pour nous livrer un conte science-fictionnel envoûtant.

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