Quand il réalise Le Syndicat du Crime en 1986, John Woo a déjà plus de dix ans de carrière derrière lui. Pourtant, c’est vraiment ce film qui va le faire entrer dans une autre dimension. Il y raconte l’histoire de deux frères : l’un est policier, l’autre travaille dans la pègre. Ce dernier accepte une ultime mission avant d’essayer de tourner la page… mais évidemment, rien ne va se passer comme prévu.
Frère de sang et frère d'armes
Souvent considéré comme l’un des films les plus emblématiques de John Woo, Le Syndicat du Crime nous plonge dans les rues de Hong Kong pour suivre la descente aux enfers d’un truand qui cherche désespérément à regagner le respect de son frère.
Et c’est probablement là que le film fonctionne le mieux : dans ses personnages. John Woo construit un vrai drame autour de dilemmes moraux forts, de loyauté, de trahison et surtout de fraternité. Chacun se retrouve face à des choix difficiles, parfois impossibles, et c’est cette tension morale qui donne beaucoup de force au récit.
La tension monte d’ailleurs progressivement tout au long du film. Plus l’histoire avance, plus l’action prend de l’ampleur, comme si tout était inévitablement entraîné vers l’explosion finale. Woo installe d’abord ses personnages et leurs conflits avant de laisser les balles pleuvoir. Et quand ça part, ça part vraiment.
Sans dire que le film est parfois maladroit, il se donne à 100%, certains effets de style peuvent sembler un peu lourds, mais c'est maîtrisé par un John Woo qui n'a clairement pas peur d'en faire des caisses. Le film est clinquant, excessif, parfois mélodramatique, mais c’est totalement assumé. Que ce soit dans les émotions, la musique ou la mise en scène, tout est poussé à fond. Mais ce n’est pas gratuit : c’est au service d’une seule chose, rendre le film fun, intense et franchement jubilatoire. On sent déjà son goût pour le spectaculaire et les images fortes : les ralentis, les gunfights chorégraphiés, les fameuses deux armes brandies en même temps… Tout est déjà là.
Certaines scènes sont d’ailleurs totalement marquantes. Impossible de ne pas penser à l'introduction du personnage de Chow Yun-Fat ou au final explosif, véritable festival de balles et de tension. La scène des pots de fleurs, absurde et géniale à la fois, illustre parfaitement le style Woo : transformer un espace banal en terrain de guerre stylisé. Les fusillades sont exagérées mais incroyablement jouissives, presque chorégraphiées comme des scènes de danse.
Le trio d’acteurs est aussi pour beaucoup dans la réussite du film. Chow Yun-Fat, Leslie Cheung et surtout Ti Lung incarnent leurs personnages avec beaucoup de charisme. Chow Yun-Fat impose déjà cette classe un peu tragique qui deviendra sa marque de fabrique, un mélange de cool absolu et de mélancolie. John Woo sait jouer avec les tons, passant du drame à l’action avec une vraie efficacité.
On notera aussi quelques apparitions amusantes : Tsui Hark et John Woo eux-mêmes s’offrent de petits rôles dans le film, dans des passages assez drôles qui apportent un peu de légèreté dans le cas de Tsui Hark.
La musique joue également un rôle important. Très présente, parfois presque envahissante, elle accompagne parfaitement la montée dramatique et accentue le côté tragique et héroïque des personnages.
Au final, Le Syndicat du Crime reste un film clinquant, fun et incroyablement prenant. Un mélange de polar, de mélodrame et de film d’action où John Woo pose déjà les bases de son style : une mise en scène flamboyante, des personnages tragiques et une fascination pour la loyauté et la fraternité.
Et au-delà du film lui-même, il marque aussi une rencontre importante : celle entre John Woo et Tsui Hark, qui produira le film via sa société Film Workshop. Une collaboration qui contribuera à façonner et dominer le cinéma hongkongais pendant plus d’une décennie.