Un Aladdin sans génie

Avis sur Le Voleur de Bagdad

Avatar Kalopani
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Parmi les classiques les plus fameux signés Raoul Walsh, "The Thief of Bagdad" était sans doute celui que j'avais le plus hâte de découvrir, désirant plus que tout retrouver le goût de ces films d'aventures qui ont jalonné mon enfance et de pouvoir me replonger ainsi dans un univers intensément exotique où le kitsch et le merveilleux se disputent la vedette. Au final, il faut reconnaître que ce film fut pour moi une petite déception.

Avant toutes choses, il faut reconnaître à cette production de 1924 des qualités évidentes de réalisation et une incroyable richesse tant sur le plan visuel que scénaristique. "The Thief of Bagdad", qui devait être la superproduction de l'époque, nous promet le dépaysement ainsi qu'une plongée au coeur de l'univers des "Mille et une nuits", et là-dessus, il ne déçoit nullement. L'ambiance des célèbres contes orientaux est parfaitement retranscrite et on sent que chaque dollar dépensé se voit à l'écran ; le spectateur de l'époque en a eu pour son argent, c'est une évidence !

Les décors, conçus par William Cameron Menzies, impressionnent par leur démesure et leur richesse ; ce Bagdad fantasmatique est une petite merveille dans laquelle notre imaginaire aime vagabonder, ce cadre en carton-pâte accuse le poids des années mais conserve le charme ineffable des productions d'antan ! De même, les costumes sont d'une extraordinaire variété, fourmillant de détails, et facilitant notre immersion dans cet univers délicieusement féerique. On pense à Méliès, aux classiques de Disney, à la version de 1940... et le film de Walsh tient nettement la comparaison !
Je retrouve ici tout ce qui m'avait tant plu dans le remake de Powell, cette ambiance orientale si enivrante, cet univers aussi kitsch que poétique, ces aventures merveilleuses où l'imaginaire ne semble pas avoir de limite...
Et pourtant, "The Thief of Bagdad" me laisse un vrai sentiment de déception !

Car si l'aspect visuel est une franche réussite, il y a deux- trois petites choses qui ont considérablement gêné mon plaisir de spectateur, entamant rapidement mes bonnes dispositions à l'égard de cette œuvre.
Pour moi, le principal problème est parfaitement identifié et porte le nom de Douglas Fairbanks ! Oui, ce n'est sans doute pas raisonnable de ma part mais j'ai toujours eu beaucoup de mal avec lui, supportant difficilement ses expressions, son cabotinage... Ici, il est omniprésent ! À l'écran tout d'abord, où, en tant que héros de l'histoire, il peut s'en donner à cœur joie : le bonhomme virevolte, saute dans les sens, et lorsqu'il ne singe pas le marsupilami bondissant, il prend consciencieusement la pause en bombant le torse et en affichant ce petit sourire ridicule. Mais notre homme, très investi sur le projet, est également à la production et au scénario. Et honnêtement, l'histoire manque un peu de consistance, même pour un film de ce genre. Que l'intrigue soit cousue de fil blanc, ce n'est pas un problème car on s'y attendait, mais c'est surtout cette morale affligeante qui est gênante. Le personnage principal est une brillante incarnation du voleur, avec tout ce que cela suppose de liberté et de désinvolture, mais sa rencontre avec l'imam va bouleverser sa vie, c'est en se soumettant gentiment à la religion qu'il va pouvoir accéder à l'amour ! Bon, ça reste assez niait tout ça !

À côté de ça, on ne peut pas dire que Walsh se montre extrêmement inspiré sur ce film. Sur les 2 hs20 de métrage, il lui faut plus d'une heure pour installer son histoire et ses personnages ! Résultat, la première partie s'avère être assez inintéressante : une fois le cadre posé, il ne se passe plus grand-chose et on subit simplement le show de Fairbanks ! Alors pour quelqu'un comme moi, cette partie paraît forcément affreusement longue ! À la décharge du père Douglas, il faut reconnaître qu'il n'est pas très aidé par ses camarades de jeu, et notamment Julanne Johnston dont la prestation est affreusement désuète.

Heureusement la seconde partie est bien plus passionnante, avec toutes ces péripéties extraordinaires ! Bien sûr les effets spéciaux d'époques réclament un peu d'indulgence, et personnellement je me suis bien amusé à voir ces montres incroyablement grotesques (chauve-souris ou araignée des mers). Mais surtout, le meilleur passage restant le final et l'apparition de cette armée sortie de nulle part.
Malgré son aspect inégal, "The Thief of Bagdad" reste une belle curiosité à découvrir pour son humour (parfois involontaire) et sa délicieuse ambiance inspirée des Contes des Mille et une nuits.

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