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Avis sur Les Disparus de Saint-Agil

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On peut évidemment relier Les disparus de Saint Agil à la riche, longue liste des films de jadis dont la scène est le pensionnat, théâtre commode, parce que clos, d’intrigues et de passions : Zéro de conduite, Les anciens de Saint Loup, La Cage aux rossignols, Topaze, Les diaboliques, et même Au revoir les enfants (liste sûrement loin d’être exhaustive !). Mais on peut aussi rattacher le film de Christian-Jaque à une autre lignée : celle des enfants et adolescents détectives, celle où des jeunes gens (et quelques jeunes filles) munis de courage et d’astuce parviennent à faire la vérité sur un mystère, quelquefois même un crime…

Qu’est-ce qui me vient à l’esprit, dans cette optique ? Principalement des romans, dont sans doute le plus célèbre est l’allemand Émile et les détectives, dont il n’y a eu pas moins de huit adaptations au cinéma, mais aussi Le cheval sans tête, classique de la littérature enfantine, de Paul Berna dont un film britannique, The Horse Without a Head a été tiré par Don Chaffey… Et je me rappelle un bouquin dont je ne trouve plus trace aujourd’hui et dont je ne me souviens plus de l’auteur, On a volé le 2 de la rue (où il s’agissait tout bonnement de retrouver un immeuble entier disparu en une nuit !)… On pourrait d’ailleurs aussi ajouter les romans à imprégnation scoute de la collection Signe de piste qui participent de la même fraîcheur et du goût de l’enfance pour l’aventure et l’héroïsme.

Si Les disparus de Saint Agil demeurent si fort ancrés dans les mémoires, c’est parce que le film réunit avec talent ces deux composantes, pittoresque de la pension, mystère des enlèvements et des crimes… C’est un curieux et magique mélange entre des réalités assez sordides et des mystères plutôt sages, bien que n’y soit pas interdit l’assassinat : ainsi le sort du malheureux alcoolique Lemel (Michel Simon).

Réalités sordides, donc, que celles de cette pension perdue dans une province qu'on imagine un peu rance. On sait mal aujourd'hui qu'une grande partie de l'enseignement privé non confessionnel était le fait de ces boîtes d'enfermement où de pauvres gamins étaient confiés à grand prix à des pédagogues douteux, sans contrôle aucun. La loi Debré (1959), en créant le contrat d'association a mis fin à la plus grande partie de ces pratiques, mais on voit bien, en filigrane, combien elles pouvaient être infectes… Saint-Agil sent la vieille chaussette, l'aisselle mal lavée, la vinasse et le gilet de flanelle porté tout au long de l'année…

Et aussi mystères sages et délicieux de La société secrète des Chiche Capons, de l'imperturbable fascination adolescente pour les codes et les rituels, de l'alliance sacrée des élèves devant les professeurs, épaves pathétiques hallucinées.

Mais naturellement les marques de l'époque : le concierge-homme à tout faire Mazeau (Armand Bernard) qui joue du tambour pour éveiller les collégiens et change les plombs après un court-circuit électrique (saura-t-on, dans quelque temps, ce que c'était, changer les plombs ?) ; la fascination enfantine pour les États-Unis (ça doit bien exister encore un peu, cela) ; la certitude de l'imminence de la guerre qu'évoque à tout instant Donnadieu (René Génin) (d'ailleurs on ne peut pas lui donner tort : le film date de 1938 !) ; et il est également intéressant de remarquer que le seul personnage adulte réellement positif est le professeur de langues Walter (magistral Erich von Stroheim) que le nom, l'allure et la personnalité désignent à l'évidence pour être germanique : il serait intéressant de savoir si Christian-Jaque a été une des dupes pacifistes du fameux Comité France-Allemagne, piloté en sous-main par Otto Abetz ; cela étant, il a terminé la guerre dans les FFI, alors qu'il avait tourné pour la Continental…

Le film ne connaît pas le moindre jupon, fût-il celui d'une infirmière ; ça n'est pas un gage intrinsèque de qualité, mais ça repose… Et puis revoir le jeu toujours aérien et illuminé de Robert Le Vigan est toujours un bonheur…

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